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Le CPT lance le dialogue politique national pour définir la gouvernance post-7 février

Le CPT lance le dialogue politique pour définir la gouvernance après le 7 février avec MORN, Consensus, Montana et 21 décembre.

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« L'objectif est de trouver un consensus haïtien autour d'un mécanisme de gouvernance capable d'assurer la stabilité du pays après le 7 février 2026 » : MORN et Consensus politique reçus à la Villa d'Accueil, Montana et 21 décembre attendus lundi

PORT-AU-PRINCE — Le Conseil Présidentiel de Transition a lancé dimanche 18 janvier le dialogue politique national « avec pour objectif de trouver un consensus haïtien autour d'un mécanisme de gouvernance capable d'assurer la stabilité du pays après le 7 février 2026, date marquant la fin de son mandat, tout en garantissant la continuité du processus électoral et le rétablissement de la sécurité », selon un communiqué officiel du CPT.

Dans ce cadre, les groupes MORN et Consensus politique ont été reçus à la Villa d'Accueil. Le Consensus politique regroupe notamment EDE, Pitit Dessalines, Ansanm Nou Fò, l'Accord historique du 14 août, le RENAPA et le Parti Ayisyen pou Ayiti. « Le Conseil Présidentiel de Transition salue la qualité des échanges et la pertinence des propositions formulées », précise le communiqué.

Les discussions se poursuivront lundi 19 janvier avec COPPOS-Haïti et alliés, KOREPAD, ainsi que les représentants des Accords de Montana et du 21 décembre. Ce dialogue politique intervient à trois semaines de l'expiration du mandat du CPT, initialement prévu pour organiser des élections libres et transparentes avant février 2026.

Le lancement de ce dialogue soulève la question de la transition institutionnelle dans un contexte où les conditions sécuritaires rendent difficile l'organisation d'élections crédibles. Selon les données du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) d'octobre 2025, les groupes armés contrôlent près de 90% de Port-au-Prince, paralysant les services publics essentiels. Environ 1,4 million de personnes demeurent déplacées internes, tandis que 5,7 millions d'Haïtiens font face à une insécurité alimentaire critique.

Le Conseil Électoral Provisoire a publié le 30 octobre le projet de décret devant régir l'organisation des prochaines élections, ouvrant une période de consultation pour recueillir les observations des acteurs politiques et de la société civile. Toutefois, les défis logistiques, sécuritaires et financiers demeurent considérables. Les gangs contrôlent des bureaux de vote dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince et l'Artibonite, régions représentant environ 40% du corps électoral. Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) estime le financement nécessaire à l'organisation des élections à 120 millions de dollars américains.

Le Conseil Présidentiel de Transition a été mis en place en avril 2024 par l'Accord du 3 avril signé sous l'égide de la Communauté caribéenne (CARICOM), avec pour mandat d'organiser des élections libres et transparentes avant février 2026 et de nommer un gouvernement de transition. Haïti n'a organisé aucune élection depuis le scrutin présidentiel et législatif de 2016, et le Parlement est dissous depuis janvier 2023.

Les groupes politiques convoqués au dialogue représentent différents courants de l'échiquier politique haïtien. L'Accord de Montana, signé en août 2021, regroupe plusieurs centaines d'organisations de la société civile, de partis politiques et de personnalités ayant proposé une solution de sortie de crise alternative à l'Accord CARICOM. L'Accord du 21 décembre fait référence à un autre consensus politique concurrent. Le MORN (Mouvement Ouvrier pour le Renouveau National) et COPPOS-Haïti (Coalition des Organisations Politiques Progressistes) constituent des plateformes de partis politiques traditionnels. KOREPAD (Konbit pou Refè Peyi a Djanm) est également une coalition d'organisations politiques et sociales.

Le Président du CPT, Laurent Saint-Cyr, a effectué un déplacement à Washington les 11-13 décembre pour consolider le partenariat international en faveur d'Haïti. Il a participé à la réunion du Groupe des Amis d'Haïti à l'Organisation des États Américains et rencontré le Secrétaire général de l'OEA, Albert Ramdin, ainsi que le Président de la Banque Interaméricaine de Développement, Ilan Goldfajn. Le chef du CPT a insisté sur « l'urgence de traduire les engagements internationaux en actions tangibles » et sollicité des contributions effectives pour le déploiement de la Force de Répression des Gangs.

La Mission multinationale d'appui à la sécurité (MMAS), dirigée par le Kenya et autorisée par le Conseil de sécurité de l'ONU, doit expirer le 30 septembre 2026 pour être transformée en Force de Répression des Gangs (FRG). La mission fait face à des défis majeurs liés à l'insuffisance de financement et de personnel. Les effectifs déployés demeurent largement en deçà des 2 500 agents autorisés, limitant sévèrement les capacités opérationnelles dans les zones sous contrôle des groupes armés. Le Conseil de sécurité des Nations unies a exprimé ses préoccupations quant à la détérioration de la situation sécuritaire et appelé à un renforcement du soutien international pour réussir cette transformation.

Le dialogue politique national lancé par le CPT vise à construire un consensus sur la gouvernance post-transition, un enjeu crucial pour éviter un vide institutionnel après le 7 février. Les questions centrales incluent la composition et les pouvoirs d'une éventuelle instance de transition prolongée, le calendrier électoral réaliste compte tenu des contraintes sécuritaires, les mécanismes de garantie de la continuité des services publics essentiels, et la coordination avec la transformation prévue de la MMAS en FRG.

Le CPT a récemment pris plusieurs initiatives institutionnelles. Les Conseillers-Présidents Louis Gérald Gilles et Leslie Voltaire ont installé le 10 décembre la Commission de pilotage du projet de création d'un Institut national de traitement du cancer à Aquin, dans le département du Sud. Le 18 novembre, lors de la commémoration du 222e anniversaire de la Bataille de Vertières, le Président Laurent Saint-Cyr a comparé la lutte contre les gangs à une « nouvelle guerre » et promis de « continuer à renforcer l'Armée et la Police ».

Le succès du dialogue politique dépendra de la capacité des acteurs à transcender les divisions historiques et à privilégier l'intérêt national face à l'urgence sécuritaire et humanitaire. L'inclusion des principales coalitions politiques, de la société civile organisée et des représentants sectoriels constitue une condition nécessaire pour la légitimité de tout accord qui pourrait émerger de ces discussions. La synchronisation entre la transition politique et la transformation sécuritaire prévue en septembre constitue un défi majeur pour les prochains mois.


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