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Le Moniteur publie l'arrêté instituant l'ANESRS avec sept membres issus du Pouvoir Exécutif, de la CORPUHA, du MENFP et des associations scientifiques et patronales : « vers une meilleure structuration de l'enseignement supérieur »
PORT-AU-PRINCE — Le Conseil Présidentiel de Transition a publié mardi 30 décembre dans Le Moniteur, journal officiel de la République d'Haïti (180e année, Spécial N° 72), un arrêté nommant les membres du Conseil de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique. Cette institution, identifiée par l'acronyme ANESRS, constitue une étape significative vers la structuration de la gouvernance de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique en Haïti.
Le Conseil de l'ANESRS est composé de sept membres représentant différentes instances : Dr Emmanuel dit Hérold Toussaint (Président, choisi par le Pouvoir Exécutif), Dr Jean Fenol Métellus (Vice-président, choisi par la Conférence des Recteurs et Présidents d'Universités Haïtiennes - CORPUHA), Dr Jacques Abraham (Haut-Commissaire à l'Enseignement Supérieur et à la Recherche Scientifique, désigné par le Ministre de l'Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle), Dr Jean Judson Joseph (Secrétaire Général, choisi par le Pouvoir Exécutif), Dr Evens Emmanuel (membre, désigné par les Associations de Scientifiques et de Chercheurs Haïtiens), Dre Ketty Balthazard-Accou (membre, désignée par les Associations Patronales), et Dr Serge Philippe Pierre (membre, désigné par le Pouvoir Exécutif).
L'arrêté, signé par les neuf membres du Conseil Présidentiel de Transition (Régine Abraham, Smith Augustin, Louis Gérald Gilles, Fritz Alphonse Jean, Frinel Joseph, Edgard Leblanc Fils, Laurent Saint-Cyr, Emmanuel Vertilaire, Leslie Voltaire), marque la mise en place institutionnelle d'un organe de régulation et de coordination de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique en Haïti. La publication dans Le Moniteur confère à cet arrêté une force légale et réglementaire, formalisant l'existence de l'ANESRS dans le paysage institutionnel haïtien.
La composition du Conseil reflète une volonté de représentativité sectorielle. Le choix du Vice-président par la Conférence des Recteurs et Présidents d'Universités Haïtiennes (CORPUHA) assure une représentation des institutions d'enseignement supérieur dans la gouvernance de l'ANESRS. La CORPUHA regroupe les dirigeants des universités publiques et privées haïtiennes et constitue une instance de coordination et de dialogue entre établissements d'enseignement supérieur.
La désignation d'un membre par les Associations de Scientifiques et de Chercheurs Haïtiens (Dr Evens Emmanuel) témoigne d'une volonté d'intégrer la communauté scientifique dans la régulation du secteur. La représentation des Associations Patronales (Dre Ketty Balthazard-Accou) suggère une attention portée aux liens entre formation supérieure et besoins du secteur économique. Le Pouvoir Exécutif conserve une influence significative avec trois membres désignés directement (Président, Secrétaire Général, et un membre ordinaire), tandis que le Ministre de l'Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle désigne le Haut-Commissaire.
La fonction de Haut-Commissaire à l'Enseignement Supérieur et à la Recherche Scientifique, confiée à Dr Jacques Abraham, suggère un rôle de coordination et de supervision stratégique du secteur. Dans d'autres pays francophones, les Hauts-Commissariats ou Agences nationales d'enseignement supérieur assument des fonctions d'évaluation, d'accréditation, de régulation et de coordination des politiques sectorielles. L'ANESRS pourrait ainsi être appelée à définir des standards de qualité, évaluer les programmes académiques, coordonner les initiatives de recherche, et conseiller les autorités sur les politiques d'enseignement supérieur.
La création de l'ANESRS intervient dans un contexte où l'enseignement supérieur haïtien fait face à des défis structurels majeurs. Le système est fortement privatisé, avec une multiplication d'institutions privées de qualité variable coexistant avec l'Université d'État d'Haïti qui demeure sous-financée (moins de 1% du budget national). L'absence historique d'un organe national d'accréditation et d'évaluation a contribué à une prolifération d'institutions sans garanties de qualité académique, posant des défis pour la reconnaissance des diplômes et l'insertion professionnelle des diplômés.
L'Université d'État d'Haïti, créée en 1944 et regroupant 14 facultés et instituts spécialisés, demeure la principale institution d'enseignement supérieur public du pays avec environ 35 000 étudiants inscrits. L'UEH a intensifié ses partenariats internationaux en décembre 2025, signant des accords avec l'Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM) pour la Chaire Makaya-Cuitláhuac le 8 décembre, avec l'Université Ibn Tofaïl du Maroc le 11 décembre, et avec l'École Européenne de Direction et d'Entreprise (EUDE Business School) d'Espagne le 15 décembre. Ces partenariats témoignent d'une volonté d'internationalisation et de renforcement des capacités académiques.
Le système éducatif haïtien dans son ensemble traverse l'une de ses crises les plus graves, avec au moins 1 600 écoles fermées en avril 2025, affectant plus de 240 000 étudiants et plus de 7 500 enseignants. Près de 1,5 million d'enfants sont hors de l'école en raison d'une combinaison de violence armée, de déplacements, de pauvreté systémique et de l'effondrement des infrastructures étatiques. Le Ministère de l'Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) a émis le 20 novembre un mémorandum réitérant l'interdiction d'accès à une salle de classe sans lettre de nomination pour l'année académique 2025-2026, visant à renforcer le contrôle du personnel enseignant et la conformité administrative.
La mise en place de l'ANESRS pourrait constituer un instrument de régulation et de structuration du secteur de l'enseignement supérieur, à condition que l'institution dispose de ressources humaines, financières et techniques suffisantes pour exercer ses mandats. Les expériences d'autres pays suggèrent que l'efficacité des agences nationales d'enseignement supérieur dépend de leur autonomie, de leur expertise technique, de leur légitimité auprès des acteurs académiques, et de leur capacité à faire appliquer leurs décisions.
Le Conseil Présidentiel de Transition, mis en place en avril 2024 par l'Accord du 3 avril signé sous l'égide de la Communauté caribéenne (CARICOM), a pour mandat d'organiser des élections libres et transparentes avant février 2026. La création de l'ANESRS en fin d'année 2025 témoigne d'une volonté de mettre en place des structures institutionnelles durables au-delà de la période de transition.