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Discours du recteur de l’Université d’État d’Haïti, Dr Dieuseul Prédélus lors du lancement des activités relatives à la Quinzaine de la Francophonie 2026

L’UEH affirme le rôle d’Haïti dans la Francophonie, valorise la jeunesse, le plurilinguisme et appelle à soutenir l’enseignement supérieur.

Table des matières


17 mars 2026, Pétion-Ville

C'est avec une profonde fierté que l'Université d'État d'Haïti accueille aujourd'hui cette activité de la Quinzaine de la Francophonie. En prenant la parole devant vous, je transmets d'abord les salutations chaleureuses de notre institution et son engagement résolu à faire de cet espace un lieu de rencontre, de réflexion et de vision commune.

Haïti n'est pas simplement un pays francophone parmi d'autres. Haïti est une nation fondatrice du monde francophone dans ses dimensions les plus profondes — historiques, culturelles et politiques. Première République noire du monde, premier pays des Amériques à avoir arraché sa liberté au nom des idéaux universels que la langue française a elle-même portés, notre nation entretient avec la Francophonie une relation qui n'est pas de convenance, mais de substance.

Notre pays est l'un des rares espaces au monde où le français coexiste organiquement avec une langue nationale — le créole haïtien — dans une dynamique de complémentarité qui fait de nous un laboratoire vivant du plurilinguisme francophone. Cette réalité sociolinguistique unique mérite d'être valorisée non pas comme une exception marginale, mais comme un modèle de réflexion pour l'ensemble de l'espace francophone.

Le thème retenu pour cette Quinzaine — « la vision de la jeunesse pour un monde plus apaisé » — résonne avec une acuité particulière ici, dans les murs de l'UEH. Car la jeunesse que nous formons n'est pas un simple réservoir de compétences futures : elle est déjà actrice du présent, déjà porteuse de sens, déjà bâtisseuse.

Dans un monde fracturé par les inégalités, les tensions identitaires et les crises multiples, la Francophonie a le devoir de s'offrir comme espace de convergence et de dialogue. Et qui mieux que la jeunesse pour incarner cette ambition ? La jeunesse ne porte pas le poids de toutes les rancœurs accumulées. Elle pense au-delà des frontières héritées. Elle rêve en plusieurs langues. Elle construit des ponts là où d'autres ont érigé des murs.

À l'UEH, nous le voyons chaque jour : nos étudiants ne subissent pas la crise haïtienne dans le silence et la résignation. Ils écrivent, ils débattent, ils proposent, ils innovent — en français, en créole, en plusieurs langues à la fois. Ils sont la preuve vivante que l'apaisement d'un monde en souffrance commence dans les amphithéâtres, dans les laboratoires, dans les bibliothèques, partout où la pensée critique s'affûte et où la dignité humaine est au cœur du projet éducatif.

La Francophonie a la responsabilité d'entendre cette jeunesse, de lui offrir des tribunes, des réseaux, des outils — non pour en faire les gardiens d'un héritage figé, mais pour en faire les artisans d'une Francophonie vivante, inclusive et tournée vers l'avenir.

La Francophonie ne saurait se réduire à une communauté de locuteurs. Elle est — ou doit être — une communauté de penseurs, de chercheurs, de créateurs. C'est précisément là qu'une institution comme l'Université d'État d'Haïti joue un rôle irremplaçable.

Sur le plan académique et scientifique, l'UEH forme chaque année des milliers d'étudiants dans toutes les disciplines fondamentales — droit, médecine, sciences, ethnologie, linguistique, sciences de l'éducation — en langue française, contribuant ainsi à maintenir une masse critique de citoyens capables de produire, d'analyser et de diffuser le savoir.

Sur le plan de la recherche et de la production intellectuelle, l'UEH abrite des centres de recherche, des revues académiques et des espaces de débat qui contribuent à la vitalité de la pensée francophone caribéenne. La réflexion produite en nos murs sur le plurilinguisme, la créolité, l'identité nationale et le développement enrichit le patrimoine intellectuel de la Francophonie tout entière.

À travers notamment sa Faculté de Linguistique Appliquée, l'UEH est l'institution haïtienne qui réfléchit avec le plus de rigueur et de profondeur sur la relation entre le français et le créole, sur les politiques linguistiques et sur l'aménagement du bilinguisme haïtien. Cette expertise est une contribution directe à la réflexion globale sur le plurilinguisme au sein de la Francophonie.

Dans un pays qui traverse une période de crise multidimensionnelle, l'université est l'un des rares espaces où se construit, malgré tout, l'avenir. Former des ingénieurs, des médecins, des juristes, des philosophes, c'est maintenir vivante la capacité d'Haïti à se reconstruire par et pour elle-même. C'est aussi, concrètement, former les citoyens et les citoyennes qui porteront demain la vision d'un monde plus juste et plus apaisé.

En cohérence avec ce thème et avec la mission qui est la nôtre, l'Université d'État d'Haïti souhaite formuler trois propositions concrètes à l'occasion de cette Quinzaine.

Premièrement, que cette Quinzaine réserve une place significative à la voix de la jeunesse universitaire haïtienne : à travers des conférences, des tables rondes, des espaces d'expression créative qui permettent à nos étudiants de formuler leur vision d'un monde plus apaisé, et de partager cette vision avec leurs pairs de l'espace francophone.

Deuxièmement, que cette édition soit l'occasion de réaffirmer le rôle stratégique de l'UEH comme partenaire naturel de toute politique de promotion de la Francophonie en Haïti, en renforçant les synergies avec le Ministère des Affaires Étrangères, l'OIF et l'AUF — au bénéfice direct de notre jeunesse.

Troisièmement, que la question du soutien à l'enseignement supérieur francophone en Haïti soit portée comme plaidoyer auprès des partenaires de la Francophonie internationale. La jeunesse haïtienne mérite que l'on investisse dans son avenir — non par condescendance, mais par solidarité et par conviction que la Francophonie se mesure aussi à la qualité de l'égalité des chances qu'elle offre à ses membres les plus vulnérables.

Permettez-moi, en conclusion, de revenir là où tout commence : dans les yeux de cette jeunesse qui peuple nos facultés, qui résiste à la désillusion, qui persiste à apprendre et à rêver malgré l'adversité. C'est elle, la réponse vivante à la question que pose ce thème. C'est elle, la vision que nous devons soutenir, amplifier et honorer.

La Francophonie, pour Haïti, n'est pas un héritage passif. C'est un projet actif, une responsabilité et une opportunité. L'Université d'État d'Haïti, fidèle à sa mission de service public et de rayonnement intellectuel, est résolument engagée à en être un acteur central — au service de la jeunesse, au service de la paix, au service d'un monde meilleur.

Je remercie les organisateurs de cette activité pour leur engagement en faveur de la Francophonie et je réitère la disponibilité pleine et entière de l'UEH à travailler en étroite collaboration pour que cette Quinzaine soit à la hauteur de la place qu'Haïti mérite dans l'espace francophone mondial.

Vive la Francophonie. Vive Haïti. Vive la jeunesse haïtienne.

Je vous remercie.

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