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« Haïti compte maintenant vingt tribunaux de première instance, un grand pas en avant qui montre la volonté ferme de l'État de rapprocher la justice des citoyens » : le Conseiller-Président Smith Augustin souligne une revendication historique
OUANAMINTHE/LIMBÉ — Le Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique a procédé lundi 22 décembre à l'inauguration de deux nouveaux tribunaux de première instance, l'un à Ouanaminthe, l'autre à Limbé, « où l'État met à disposition de la population des infrastructures judiciaires modernes et fonctionnelles », selon un communiqué officiel publié le 23 décembre. Les cérémonies se sont déroulées en présence des Conseillers-Présidents Smith Augustin et Emmanuel Vertilaire, ainsi que des hautes autorités judiciaires, magistrats, avocats et notables des départements du Nord et du Nord-Est.
Avec ces nouvelles juridictions, « le pays compte maintenant vingt (20) tribunaux de première instance, un grand pas en avant qui montre la volonté ferme de l'État de rapprocher la justice des citoyens, renforcer l'unité nationale et consolider la stabilité institutionnelle », précise le document. Cette expansion de l'appareil judiciaire territorial constitue une évolution significative de la carte judiciaire haïtienne, visant à améliorer l'accessibilité à la justice pour les populations des régions concernées.
Dans son discours, le ministre de la Justice et de la Sécurité Publique a souligné que « cette initiative rentre totalement dans la vision de réforme du Conseil Présidentiel de Transition engagée, et elle s'applique avec détermination par le Premier ministre, l'Honorable Alix Didier Fils-Aimé, qui s'engage sans faille dans la reconstruction et le renforcement du système judiciaire, pilier de la sécurité, de la justice et de l'espoir collectif ». Le ministre a « invité le Commissaire du Gouvernement de la nouvelle juridiction à exercer ses fonctions avec impartialité, discipline et respect des droits des justiciables, dans l'intérêt suprême de la République ».
De son côté, le Conseiller-Président Smith Augustin a rappelé que « la création du tribunal de première instance d'Ouanaminthe répond à une revendication historique de la population d'Ouanaminthe, Mont-Organisé, Carice et zones avoisinantes, qui aujourd'hui sont mieux protégées grâce à une justice accessible, crédible et équitable ». Cette déclaration souligne l'importance de la décentralisation judiciaire pour les communautés rurales et frontalières jusqu'ici contraintes de parcourir de longues distances pour accéder aux services judiciaires.
Le communiqué conclut qu'« à travers ces inaugurations, l'État réaffirme son engagement à construire une Haïti fondée sur la justice, la sécurité, la stabilité, l'unité et l'espoir ». Cette rhétorique institutionnelle intervient dans un contexte où le système judiciaire haïtien fait face à des défis structurels majeurs incluant la surpopulation carcérale, l'arriéré judiciaire, l'insuffisance de personnel qualifié, et l'accès limité à la justice pour les populations vulnérables.
Ouanaminthe, située dans le département du Nord-Est à la frontière avec la République Dominicaine, constitue un point de passage commercial et migratoire majeur entre les deux pays. La création d'un tribunal de première instance dans cette ville répond à des besoins judiciaires liés aux activités transfrontalières, aux différends commerciaux, et à la gestion des contentieux civils et pénaux dans une zone à forte densité économique. Mont-Organisé et Carice, communes mentionnées par le Conseiller-Président Augustin, relèvent également du département du Nord-Est et bénéficieront d'un accès amélioré aux services judiciaires.
Limbé, située dans le département du Nord à proximité du Cap-Haïtien, est une commune avec une population significative qui jusqu'à présent dépendait probablement des juridictions du Cap-Haïtien pour le traitement de ses affaires judiciaires. L'établissement d'un tribunal de première instance à Limbé permettra un désengorgement des tribunaux de la capitale départementale tout en rapprochant la justice des justiciables locaux.
L'inauguration de ces infrastructures judiciaires intervient alors que le système carcéral haïtien connaît une crise profonde. La détention préventive prolongée constitue un problème chronique, avec une proportion considérable de la population carcérale en attente de jugement. L'augmentation du nombre de tribunaux de première instance pourrait théoriquement contribuer à accélérer le traitement des dossiers et réduire l'arriéré judiciaire, à condition que ces nouvelles juridictions soient dotées de ressources humaines et matérielles suffisantes.
Le Conseil Présidentiel de Transition, mis en place en avril 2024 par l'Accord du 3 avril signé sous l'égide de la Communauté caribéenne (CARICOM), a pour mandat d'organiser des élections libres et transparentes avant février 2026. Le renforcement de l'appareil judiciaire s'inscrit dans les efforts de consolidation institutionnelle nécessaires pour créer les conditions d'une transition démocratique viable. Le Conseiller-Président Smith Augustin était récemment en déplacement à Washington les 11 et 12 décembre pour participer à la réunion du Groupe des Amis d'Haïti à l'OEA et rencontrer des partenaires internationaux sur les questions de sécurité et de transition politique.
Le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, nommé récemment, fait face à des défis considérables dans les domaines de la sécurité, de l'économie et de la gouvernance. L'investissement dans les infrastructures judiciaires témoigne d'une volonté de renforcer la présence de l'État dans les régions, particulièrement importantes dans un contexte où les groupes armés contrôlent de vastes territoires incluant près de 90% de Port-au-Prince selon les données d'octobre 2025.