Appel à contributions. Dossier spécial. Une initiative de la Gazette Universitaire, en collaboration avec le Centre haïtien de recherche en sciences sociales (CHARESSO)
Présentation
Il y a un an, la Gazette Universitaire consacrait un dossier spécial aux 51 ans de la Faculté des Sciences Humaines. FASCH 51, Voix, mémoires et regards croisés, a ouvert un espace d'expression plurielle où témoignages, entretiens, portraits et images ont dessiné une mémoire sensible de l'institution. Ce dossier disait, pour l'essentiel, ce que la FASCH avait été pour celles et ceux qui l'avaient traversée.
Un an plus tard, la situation dans laquelle la FASCH fonctionne s'est aggravée. La crise sécuritaire qui frappe Port-au-Prince depuis plusieurs années s'est intensifiée. Certains quartiers où vivent étudiant·es et professeur·es sont devenus inaccessibles, dangereux ou contrôlés par des groupes armés. Des locaux universitaires sont menacés, inaccessibles par moments, parfois occupés. Des cours se tiennent par intermittence, en ligne, dans des lieux de substitution, depuis l'étranger. Des promotions entières sont éclatées géographiquement. Des soutenances se déroulent dans des conditions qu'aucun règlement n'avait prévues. Et pourtant, la FASCH continue d'exister : d'enseigner, d'apprendre, de produire du savoir.
Pour les 52 ans de la Faculté, le 19 juin 2026, nous proposons un dossier qui prend cette situation comme point de départ de la réflexion, et non comme décor. Il ne s'agit pas de célébrer la résilience ni de dresser un inventaire des difficultés. Il s'agit de penser sérieusement une question qui nous concerne toutes et tous : qu'est-ce qu'une faculté quand elle n'a plus de lieu stable ? Que veut dire enseigner, apprendre, transmettre, chercher, dans une ville où l'espace public universitaire se dérobe ?
La FASCH, dans ce dossier, n'est pas seulement une institution dont on se souvient. Elle devient un site à partir duquel on peut penser la condition haïtienne contemporaine. Ce qui arrive à l'université haïtienne n'est pas étranger à ce qui arrive à l'espace public, à la ville, à l'État. Nous invitons celles et ceux qui vivent ou ont vécu cette situation, sous un angle ou un autre, à contribuer à ce numéro.
Axes de contribution
Nous accueillons des textes organisés autour de quatre registres. Il n'est pas nécessaire qu'une contribution s'inscrive dans un seul. Les meilleurs textes, souvent, en tissent plusieurs.
1. Récits situés de l'enseignement et de l'apprentissage en crise
Des textes précis, datés, localisés, qui documentent un fragment de la vie universitaire dans ses conditions actuelles. Comment un·e étudiant·e continue à suivre un cours depuis Carrefour-Feuilles, Delmas ou la diaspora. Comment une professeure prépare un séminaire à distance. Comment une soutenance, un examen, un travail de terrain s'adaptent. Comment un groupe d'étudiant·es maintient un collectif malgré l'éclatement. Nous cherchons des récits ancrés dans l'expérience, écrits avec rigueur descriptive, qui rendent visibles les formes concrètes que prend aujourd'hui le travail universitaire. (1000 à 2500 mots)
2. Réflexions analytiques sur l'université dans la crise
Des textes plus réflexifs qui prennent la FASCH, ou l'université haïtienne, comme objet de pensée. Que devient le cours magistral dans ces conditions ? Comment se forme une identité étudiante quand l'espace commun se dérobe ? Qu'est-ce que la transmission, la socialisation intellectuelle, la communauté universitaire, lorsque la coprésence physique devient rare ou impossible ? Ces textes peuvent mobiliser les outils de la sociologie, de l'anthropologie, de la philosophie, des sciences de l'éducation, ou croiser plusieurs disciplines. (1500 à 3500 mots)
3. Diagnostics et états des lieux
Des textes à visée empirique et descriptive qui tentent de rendre compte, avec le plus de précision possible, de ce qui se passe actuellement : à quoi ressemblent les effectifs, les cours effectivement dispensés, les conditions matérielles, les circuits de décision, les adaptations administratives. Ces contributions peuvent mobiliser des entretiens, des observations, des documents. Nous cherchons des textes qui constituent un socle factuel, aussi modeste soit-il, et qui éclairent la situation sans la dramatiser ni la minimiser. (1500 à 3500 mots)
4. Textes prospectifs et comparatifs
Des textes qui élargissent la perspective. Que nous oblige à penser ce moment sur ce que l'université haïtienne peut être ? Quels précédents, quelles situations comparables, dans d'autres contextes en crise (universités en exil, universités en zones de conflit, universités déterritorialisées), aident à penser ? Quelles formes nouvelles, pédagogiques, institutionnelles, intellectuelles, se dessinent malgré ou à travers la crise ? Ces contributions peuvent venir de collègues travaillant en Haïti ou à l'extérieur, pourvu qu'elles entrent en dialogue réel avec la situation fascheloise. (1500 à 3000 mots)
Autres formes
En complément des quatre registres principaux, nous accueillons également :
- Entretiens menés par le comité de pilotage ou proposés par les contributeur·trices (2000 à 5000 mots)
- Portraits analytiques d'une figure, d'un lieu, d'un moment, traités non comme hommage mais comme entrée dans la compréhension de la situation (800 à 1500 mots)
- Contributions visuelles, photographies, dessins, cartographies, documents d'archive, accompagnées d'un texte d'analyse (300 à 800 mots pour le texte)
- Notes de terrain et fragments, textes courts, impressionnistes, issus d'un moment ou d'un lieu précis (400 à 1000 mots)
Orientation
Le dossier cherche un ton de lucidité. Ni célébration, ni plainte. Les textes les plus utiles seront ceux qui parviennent à dire ce qui se passe avec précision et intelligence, sans pathos ni misérabilisme, mais aussi sans fausse sérénité. Nous accueillons la critique, y compris à l'endroit de la gouvernance universitaire, des renoncements internes, des acteurs publics, à condition qu'elle soit argumentée.
Les contributions sont acceptées en français, en anglais et en créole. Les textes en créole sont particulièrement encouragés dans les registres 1 et 2.
Publication numérique et imprimée
Les contributions retenues paraissent d'abord dans le dossier numérique de la Gazette Universitaire, le 19 juin 2026. Elles seront ensuite reprises, avec les contributions du dossier FASCH 51, dans un ouvrage collectif publié à l'automne 2026 sous le titre Au seuil des 52 ans. La FASCH, entre mémoire et crise, aux Éditions Charesso.
En soumettant un texte, les contributeur·trices acceptent cette double publication, numérique et imprimée. Chaque auteur·trice recevra un exemplaire du volume.
Calendrier
- Ouverture de l'appel : 21 avril 2026
- Date limite de réception des contributions : 31 mai 2026
- Publication du dossier : 19 juin 2026, à l'occasion des 52 ans de la FASCH
Soumission
Les contributions sont à soumettre via le formulaire de la Gazette Universitaire : https://www.gazetteuniv.com/fasch-52-formulaire/
Pour toute question, contacter le comité de pilotage : info@charesso.org.
Comité de pilotage
- Lefranc Joseph, professeur à la FASCH (ljoseph@charesso.org)
- Sadrac Moreau, licencié en sociologie de la FASCH (smoreau@lab.charesso.org)
- Richy Mertus, étudiant mémorant en sociologie à la FASCH (rmertus@lab.charesso.org)
Pourquoi contribuer
Parce que ce qui se passe à la FASCH aujourd'hui mérite d'être pensé, et non seulement subi. Parce que l'expérience vécue par les étudiant·es et les professeur·es haïtien·nes dans cette période constitue une archive intellectuelle que personne d'autre ne produira à leur place. Parce que l'université, même déplacée, continue d'être un lieu où se forge une compréhension du monde, et que cette compréhension, par les temps qui courent, a de la valeur.
Contribuez à FASCH 52.