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FEWS NET projette une insécurité alimentaire de Crise et d'Urgence jusqu'en septembre avec plus de 1,45 million de déplacés

FEWS NET projette insécurité alimentaire Crise/Urgence jusqu'en septembre avec 1,45 million déplacés et attaques dans l'Artibonite par gang « Grand grif ».

Table des matières

« L'aggravation du conflit aggrave l'insécurité alimentaire en Haïti » : attaques signalées dans l'Artibonite les 28-29 mars par le gang « Grand grif » alors que 4 500 personnes déplacées à Boucan-Carré

PORT-AU-PRINCE — « L'insécurité alimentaire aiguë restera généralisée en Haïti jusqu'à fin de la période de soudure (février-juin), avec des résultats de Crise (Phase 3 de l'IPC) dans la majorité du pays et des résultats d'Urgence (Phase 4 de l'IPC) concentrés dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, notamment parmi les personnes déplacées internes (PDI) et les ménages pauvres affectés par la violence », selon la mise à jour des messages clés de FEWS NET (Famine Early Warning Systems Network) publiée en mars 2026 pour la période mars-septembre 2026.

Le rapport indique que « ces ménages font face à des déficits importants de consommation et recourent à des stratégies d'adaptation négatives et fortement érosives des moyens d'existence, notamment la mendicité, le recours accru au travail précaire ou à des activités à haut risque (y compris des activités illicites), la réduction extrême des dépenses essentielles non alimentaires, et l'accumulation de dettes non soutenables ».

« L'insécurité persistante continue de provoquer des déplacements massifs et de perturber les moyens d'existence. De récente attaques à Boucan-Carré (Plateau Central) ont déplacé environ 4 500 personnes, portant le total de PDI à plus de 1,45 million », précise FEWS NET. « D'autres attaques ont été également signalées dans l'Artibonite les 28 et 29 mars, particulièrement dans la localité de Jean-Denis, où des personnes auraient été tuées par les membres du gang "Grand grif" contrôlant ce département. »

Le rapport souligne que « le contrôle des axes routiers par des groupes armés limite les flux commerciaux, réduit les opportunités de revenus et maintient une forte dépendance aux marchés, en particulier dans la ZMPP, l'Artibonite et le Centre ».

« La hausse des prix internationaux des carburants, liée aux tensions au Moyen-Orient, devrait entraîner une inflation élevée », avertit FEWS NET. « Compte tenu de la forte dépendance d'Haïti aux importations de produits alimentaires, de pétrole et d'intrants agricoles (engrais), toute augmentation des prix mondiaux du pétrole devrait se répercuter sur les coûts de transport et de distribution au niveau national, entraînant une hausse généralisée des prix alimentaires. »

Selon le document, « l'augmentation du coût des intrants agricoles, notamment de l'urée, devrait pénaliser les petits exploitants et la production agricole de printemps. La capacité du gouvernement à amortir ce choc par des subventions semble limitée. Il est donc probable qu'une prise en charge partielle de la hausse soit mise en œuvre, impliquant un transfert important des coûts vers les consommateurs. Le pouvoir d'achat pour les ménages pauvres, les personnes déplacées et les populations urbaines dépendantes des marchés s'en trouvera encore davantage compromis. »

Le rapport note que « la campagne agricole de printemps débute avec les premières pluies, mais dans un contexte économique et sécuritaire défavorable. L'accès aux intrants reste limité en raison des prix élevés, des contraintes logistiques liées à l'insécurité et du faible niveau de soutien au secteur. Dans certaines zones (Artibonite, Centre, Ouest), l'insécurité restreint également l'accès à la terre et à la main-d'œuvre, limitant les opportunités de revenus pour les ménages agricoles. »

« Face à ces contraintes, les agriculteurs pourraient réduire les superficies cultivées, ce qui affecterait les perspectives de récoltes et maintiendrait des pressions sur la disponibilité et l'accès alimentaire », conclut FEWS NET sur cet aspect.

Cette projection intervient alors que la FAO avait lancé en janvier un appel de 108 millions USD pour soutenir 860 000 personnes en production alimentaire d'urgence. La Directrice générale adjointe Beth Bechdol avait souligné lors de sa mission en Haïti que « l'agriculture est la fondation de la stabilité et de la sécurité alimentaire ». En 2025, la FAO avait soutenu 140 000+ personnes, distribué 210 tonnes de semences à 76 000 agriculteurs, avec un résultat de 7 500+ tonnes produites sur 4 300 hectares.

L'expansion de la violence dans l'Artibonite et le Plateau Central constitue une évolution préoccupante. Le gang « Grand grif » mentionné par FEWS NET comme contrôlant le département de l'Artibonite représente une menace majeure pour la sécurité alimentaire, ce département étant traditionnellement le grenier du pays. Les attaques à Boucan-Carré dans le Plateau Central élargissent la géographie de la violence au-delà de Port-au-Prince et de l'Artibonite.

L'OIM avait rapporté le 11 mars que des attaques armées survenues à partir du 8 mars à Croix-des-Bouquets et Cité Soleil ont entraîné le déplacement de 2 945 personnes (822 ménages). Le total de plus de 1,45 million de PDI mentionné par FEWS NET représente une augmentation par rapport au chiffre de 1,4 million précédemment cité, reflétant la continuation des déplacements.

Le Gouvernement a tracé le 7 mars la feuille de route définissant comme première priorité « le rétablissement de la sécurité sur l'ensemble du territoire ». Le Premier ministre Fils-Aimé a présidé le 23 mars une réunion sur le budget des élections avec le CEP et les partenaires internationaux. Le ministre de la Défense Mario Andrésol a visité le 5 avril la base Anacaona en vue de la formation d'une nouvelle classe d'enrôlés des FAd'H.

Toutefois, l'évaluation de FEWS NET suggère que ces efforts restent insuffisants face à l'expansion de la violence. Le « contrôle des axes routiers par des groupes armés » mentionné dans le rapport confirme que les groupes armés maintiennent leur capacité à perturber l'économie nationale malgré les opérations de la Force de Répression des Gangs.

La Classification Intégrée de la Phase de Sécurité Alimentaire (IPC) utilisée par FEWS NET classe la sévérité de l'insécurité alimentaire en cinq phases : 1-Minimale, 2-Stress, 3-Crise, 4-Urgence, 5-Famine. La projection de Phase 3 (Crise) dans la majorité du pays et Phase 4 (Urgence) dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince reflète une situation humanitaire critique.


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