Table des matières
Introduction
Trois mois après le déclenchement du conflit en Ukraine, une analyse approfondie des événements (Derice, 2022) a permis de mettre en lumière la nature réelle de cette guerre. L'Ukraine constitue essentiellement le théâtre d'une guerre par procuration dans le cadre de la stratégie doctrinale américaine visant à encercler et affaiblir la Russie, telle qu'élaborée par les théoriciens et stratèges américains – notamment Zbigniew Brzezinski dans Le Grand Échiquier – au fil des décennies. Il a également été observé que, dans le contexte de ce conflit par procuration, l'Europe se trouve dans une position désavantageuse, en grande partie du fait de l'incompétence de ses dirigeants et de leur incapacité à défendre les intérêts fondamentaux de leurs populations.
Près de quatre ans après le début du conflit et la publication de ce texte, la situation actuelle suggère que l'Ukraine rencontre d'importantes difficultés sur le plan militaire, que l'Europe fait face à de sérieuses tensions économiques, et que les États-Unis ne sont pas parvenus à atteindre leurs objectifs stratégiques. En conséquence, nous souhaitons poursuivre cette analyse afin d'acquérir une compréhension renouvelée de l'évolution des événements.
Toutefois, cet article n'a pas vocation à fournir une analyse exhaustive des raisons ayant conduit à l'échec des États-Unis. Il propose néanmoins d'examiner de manière approfondie certains facteurs explicatifs de cette situation ainsi que la finalité stratégique poursuivie par le gouvernement américain, à savoir une confrontation avec la Chine, considérée comme leur principal adversaire. Le document présentera, entre autres, une analyse des différents terrains de confrontation dans diverses régions du monde, notamment en Iran et au Venezuela, mettant en lumière les enjeux liés à l'accès aux ressources stratégiques de ces pays ainsi que les dynamiques pouvant mener à une situation de concurrence avec la Chine dans un contexte de rapport de forces évolutif.
Pourquoi Washington a échoué dans sa dernière ligne droite d'encerclement de la Russie ?
Après plusieurs élargissements de l'OTAN vers l'Est, au cours desquels de nombreux anciens États membres de l'Union soviétique ont rejoint l'alliance (l'OTAN compte désormais 32 membres), l'Ukraine est désormais perçue comme la dernière étape majeure dans la stratégie des États-Unis. C'est la raison pour laquelle tous les moyens ont été employés afin de contraindre la Russie à s'engager dans un conflit visant à la fragiliser sur les plans politique, économique et militaire.
Ce conflit devrait se conclure par la destitution du gouvernement de Vladimir Poutine et entraîner une défaite stratégique pour la Russie. Une telle évolution pourrait permettre à l'Ukraine de rejoindre rapidement l'OTAN, entraînant ainsi l'implantation de bases militaires américaines à proximité immédiate de Moscou. Le but ultime étant de s'emparer des hydrocarbures russes.
La dépendance énergétique des États-Unis et de l'Europe : enjeux et conséquences
Les États-Unis occupent aujourd'hui la position de premier producteur mondial de pétrole, avec une capacité de production quotidienne atteignant treize millions de barils. Toutefois, cette puissance de production ne suffit pas à couvrir la consommation intérieure, qui excède vingt millions de barils chaque jour. Cette situation place le pays dans une position de dépendance vis-à-vis de l'approvisionnement en pétrole, d'autant plus que, selon plusieurs rapports majeurs (The Shift Project, 2021), les réserves américaines ne devraient suffire que pour environ dix années supplémentaires. Ce contexte impose aux décideurs américains la nécessité d'identifier et de sécuriser de nouvelles sources d'énergie afin de préserver le niveau de vie de la population et d'assurer la continuité du secteur industriel national, fortement tributaire de l'accès aux ressources pétrolières.
En parallèle, l'Europe occidentale se trouve dans une situation similaire, marquée par l'absence de ressources minières importantes et une forte dépendance aux importations énergétiques (Del Valle et Soppelsa, 2021). Cette vulnérabilité pousse les États européens à s'aligner sur la stratégie américaine, dans l'espoir de pouvoir accéder aux gisements russes en cas de défaite de la Russie dans le conflit en Ukraine. Face à cette planification minutieuse des différentes étapes du processus, il apparaît essentiel d'examiner les facteurs ayant conduit à l'échec de cette stratégie, tant pour les États-Unis que pour leurs alliés européens.
Le contrôle international et la dépendance de la Russie post-soviétique
Après l'effondrement de l'Union soviétique, la Russie s'est retrouvée dans une situation de profonde fragilité sur les plans politique, administratif et économique (Dubien, 2001). Le système politico-administratif du pays a alors été largement placé sous la tutelle d'institutions internationales majeures, notamment le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Cette emprise s'est traduite par une influence considérable de ces organismes sur la gouvernance et les orientations économiques de la Fédération de Russie.
L'économie russe s'est principalement concentrée sur l'exploitation de ses vastes ressources en hydrocarbures, un secteur stratégique dont la majorité des entreprises étaient détenues par des oligarques entretenant des liens étroits avec des puissances étrangères. Cette configuration a accentué la vulnérabilité de la Russie, la privant d'une maîtrise souveraine sur ses ressources essentielles. Malgré l'abondance de ses ressources naturelles, la Russie s'est vue contrainte de recourir à des emprunts auprès du FMI (FMI, 1999) et de la Banque mondiale, souvent à des taux d'intérêt élevés. Cette dépendance financière a eu pour effet d'accroître la fragilité économique du pays et son exposition aux pressions extérieures, aggravant ainsi ses difficultés structurelles et sa dépendance vis-à-vis de l'étranger. En 1999, le pays s'est d'ailleurs retrouvé en défaut de paiement de sa dette souveraine à la suite d'une récession économique (Bourdillon, 1999).
Ainsi, à cause de cette désorganisation institutionnelle, les institutions internationales telles que le FMI et la Banque mondiale ont pu accéder à des données économiques fiables, leur permettant d'effectuer une évaluation précise de l'économie russe. À titre d'exemple, le produit intérieur brut (PIB) de la Russie était alors comparable à celui de l'Espagne, bien que cette dernière possède une superficie trente-trois fois moins étendue que celle de la Russie. Cette comparaison souligne la faiblesse de la performance économique de la Russie à cette époque, malgré l'ampleur de ses ressources et de son territoire.
Cette transparence relative des données macroéconomiques n'a pas échappé aux États-Unis. Disposant de statistiques fiables sur la situation économique et sociale de la Russie, les décideurs américains ont pu bâtir leur stratégie d'encerclement en s'appuyant sur une analyse précise des faiblesses du pays. La Russie faisait alors face à une classe politique profondément corrompue et dominée par des oligarques antipatriotes, tandis que l'économie nationale était ravagée et la population en proie à une grande pauvreté. Dans ces conditions, il était impossible pour la Russie de maintenir des forces armées efficaces, capables d'assurer la défense de sa souveraineté territoriale. Ainsi, la conjonction de la désorganisation institutionnelle, de la dépendance vis-à-vis des institutions financières internationales et de la faiblesse du tissu économique offrait aux États-Unis un avantage stratégique considérable dans la définition de leur politique à l'égard de la Russie.
La nouvelle dynamique politique sous Vladimir Poutine
L'arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir à la fin de l'année 1999 et au début des années 2000 marque un tournant décisif dans l'histoire contemporaine de la Russie (Dusoulier et Sergieivskyi, 2022). Sous sa direction, le pays s'engage dans une dynamique politique inédite, caractérisée par la volonté affirmée de restaurer la souveraineté politico-économique de l'État russe. Ce processus de réappropriation s'incarne principalement par la nationalisation des grandes entreprises pétrolières, une mesure visant à soustraire les secteurs stratégiques de l'économie à l'influence des oligarques et des puissances étrangères.
Ce mouvement de fond s'accompagne d'une lutte rigoureuse contre la corruption, menée au sein des différentes sphères du pouvoir politique. Une véritable chasse aux oligarques est orchestrée, afin de rétablir la primauté de l'État russe sur ses ressources et ses institutions. Le renforcement de l'autorité étatique s'exprime également par une restructuration stratégique des forces armées : celles-ci bénéficient d'une modernisation substantielle, guidée par l'élaboration et la mise en œuvre d'une doctrine précise.
Sur le plan administratif, la période inaugure une centralisation remarquable du pouvoir. Cette approche stato-centrique est d'ailleurs renouvelée au cœur de la nouvelle doctrine de sécurité intérieure russe publiée en 2015, dans laquelle il est clairement établi que la sécurité intérieure de la Russie repose sur une unité infaillible des différentes sphères du pouvoir (Shchelin, 2016). Cette évolution se traduit par la création d'institutions solides dans chaque secteur, garantes de la stabilité et de la cohérence de l'appareil étatique. Ainsi, la Russie, sous l'impulsion de Vladimir Poutine, amorce une transformation profonde de son organisation politique et administrative, avec pour objectif la consolidation de sa souveraineté et la restauration de sa puissance sur la scène internationale.
La maîtrise de l'information économique en Russie et les limites de l'analyse occidentale
Dans la foulée de la centralisation du pouvoir et de la restauration de la souveraineté nationale, la Banque centrale de Russie s'est imposée comme la seule institution officiellement habilitée à fournir des données précises sur la situation économique du pays. Cette démarche visait à reprendre le contrôle sur la diffusion de l'information économique, privant ainsi les organisations internationales, telles que le FMI et la Banque mondiale, de la crédibilité nécessaire pour produire ou publier de telles analyses concernant la Russie.
Cependant, malgré la réorganisation profonde de l'écosystème politique et économique russe, les acteurs occidentaux ont poursuivi la production de données sur l'économie. Or, ces analyses se sont souvent révélées inexactes, car elles reposaient essentiellement sur des méthodes d'évaluation et des systèmes d'analyse hérités de la période antérieure, marquée par la forte influence des institutions internationales. Ce décalage méthodologique a eu des conséquences notables sur la perception de la réalité économique russe par les observateurs extérieurs. Il apparaît donc clairement que l'ensemble de la stratégie doctrinale américaine vis-à-vis de la Russie a été élaboré à partir de données produites par des organisations internationales telles que la Banque mondiale ou le FMI. Pourtant, l'évolution du système politique et la reprise en main de l'information par les autorités russes ont rendu ces données obsolètes, ce qui a largement compromis la pertinence des analyses et, par conséquent, l'efficacité des politiques élaborées sur cette base.
La résilience russe face aux sanctions et la géoéconomie de l'anti-Chine
En 2022, les pays occidentaux se sont heurtés à la réalité d'une économie russe dont la robustesse et la diversification ne reposent plus exclusivement sur l'exploitation des hydrocarbures. L'économie russe a connu une diversification importante, notamment en investissant dans l'agriculture ; la Russie est ainsi devenue le premier pays producteur de blé, dépassant les États-Unis et l'Ukraine. Ce constat s'accompagne d'une stabilité remarquable des institutions républicaines russes, capables de maintenir une cohésion solide et efficace malgré les pressions extérieures et les défis internes. La Russie a ainsi démontré une capacité de résistance qui intrigue et interpelle, d'autant plus que le pays fait face à plus de vingt-huit mille sanctions et continue néanmoins à affronter l'OTAN – officiellement absente du conflit, mais officieusement impliquée par le soutien économique, l'approvisionnement en armes, les instructeurs militaires et les renseignements – dans un conflit qui s'étend désormais sur près de quatre années.
Cette résilience met en lumière une problématique centrale : toute doctrine, qu'elle soit militaire ou économique, fondée sur des données erronées, s'expose à l'échec et à l'absence de résultats tangibles. L'exemple russe illustre parfaitement les limites et les risques d'une stratégie reposant sur des analyses inexactes ou dépassées, notamment lorsqu'il s'agit d'adopter des mesures coercitives ou de planifier des politiques visant à affaiblir un État.
Dans ce contexte, la Russie, le Venezuela et l'Iran apparaissent comme trois pions géoéconomiques majeurs, instrumentalisés au sein d'une stratégie globale dont l'objectif principal est de contrer l'ascension de la Chine. Chacun de ces États occupe une place spécifique dans l'échiquier international, servant de levier ou de point d'appui dans une dynamique de confrontation qui dépasse le simple cadre bilatéral et s'inscrit dans un rapport de force beaucoup plus large, marqué par la rivalité entre grandes puissances et la lutte pour le contrôle des ressources stratégiques.
Venezuela-Iran, deux terrains conflictuels au service d'un seul objectif : l'affaiblissement de la Chine
Dès le début de son second mandat à la Maison-Blanche, Donald J. Trump affiche sa volonté d'incarner un président œuvrant pour la paix. Cependant, ses choix en matière de politique étrangère, souvent contradictoires, mettent en lumière un paradoxe qui laisse transparaître les véritables desseins du nouveau protégé de Washington. Par ailleurs, la nouvelle stratégie de sécurité nationale des États-Unis, publiée par l'administration Trump, repose sur une approche à visée impériale. Elle évoque explicitement la possibilité de favoriser un changement de régime dans certains États souverains, ce qui n'est pas sans soulever des interrogations au regard du droit international.
De plus, cette doctrine impériale actualisée traite le continent américain comme la sphère d'influence privilégiée des États-Unis. Alors que certains évoquent une résurgence de la doctrine Monroe, cet article aborde une affirmation plus marquée de cette politique. En réalité, les États-Unis n'ont jamais renoncé à cette doctrine, qu'ils ont continué à appliquer discrètement sous différents gouvernements.
Le Venezuela apparaît ainsi comme la première nation touchée par cette politique impériale des États-Unis. Le 3 janvier 2026, prétextant la lutte contre le trafic de drogue, un commando américain a enlevé le président Nicolás Maduro à son domicile à Caracas, après environ un mois de blocus maritime imposé au pays. Bien que tout président en exercice bénéficie d'une immunité souveraine visant à le protéger contre ce type d'agression, le nouveau roi des Amériques affirme que sa propre morale constitue son unique limite, arguant que la puissance est le principal déterminant du droit international. Depuis 2017, les sanctions économiques imposées par les États-Unis à l'encontre du Venezuela limitent son accès au système financier international. Le secteur pétrolier est particulièrement touché, la principale entreprise nationale, PDVSA, se voyant interdire la commercialisation de son pétrole sur les marchés internationaux.
Il convient de souligner qu'avant l'imposition des sanctions américaines, la production pétrolière du Venezuela s'élevait à environ deux millions de barils par jour ; à la suite de ces sanctions, la production a diminué pour atteindre approximativement cinq cent mille barils. Par conséquent, le pays traverse une importante récession économique, entraînant l'émigration de nombreux citoyens à l'étranger et rendant difficile la gestion des affaires étatiques. Dans ce contexte délicat, certains États parviennent à contourner les sanctions américaines afin d'acquérir du pétrole vénézuélien. La Chine est le principal acheteur de cette ressource, puisque plus de 70 % du brut vénézuélien y est exporté. La Chine a besoin du pétrole vénézuélien pour soutenir son industrie et maintenir sa position d'« usine du monde ». L'intervention des États-Unis vise à limiter l'accès de la Chine à cette ressource en réorientant l'approvisionnement pétrolier du Venezuela vers les intérêts américains.
En plus de la situation au Venezuela, il faut noter que les événements actuels au Moyen-Orient sont également liés à la politique très offensive des États-Unis concernant le contrôle des ressources stratégiques dans cette région du globe. Les diverses interventions des États-Unis dans cette région, notamment en Irak, en Syrie et en Afghanistan, illustrent leur intention de provoquer l'instabilité entre les États afin de mieux contrôler leurs ressources (Scott, 2015). La République islamique d'Iran occupe une place centrale dans la politique étrangère de l'administration Trump, notamment en raison de ses liens étroits avec la Chine.
L'Iran, un acteur central dans la rivalité sino-américaine
L'Iran fait face à une situation comparable à celle du Venezuela, subissant lui aussi le poids de sanctions économiques qui limitent fortement ses possibilités d'échanges avec le reste du monde. Le pétrole iranien est sous embargo américain depuis 1995, ce qui empêche la commercialisation de ce pétrole légalement sur le marché international. Ces restrictions forcent le pays à élaborer des mécanismes alternatifs de commerce international, dans le but de poursuivre son développement malgré l'isolement imposé. Depuis la révolution islamique, les relations entre l'Iran et les États-Unis se sont considérablement détériorées. Cependant, l'évolution récente de la géopolitique internationale propulse désormais l'Iran au rang d'acteur incontournable dans la stratégie américaine visant à contenir la montée en puissance de la Chine. Ainsi, la place de l'Iran dans les dynamiques mondiales actuelles ne se limite plus à un simple affrontement bilatéral avec les États-Unis, mais s'inscrit dans un jeu d'influence beaucoup plus large où le pays devient un pion essentiel dans la stratégie économique et géopolitique américaine à l'égard de la Chine.
L'Iran face aux sanctions et le rôle de la Chine
La République islamique d'Iran possède d'immenses réserves pétrolières, mais l'exploitation de ce potentiel est entravée par les sanctions américaines imposées depuis plusieurs décennies. Ces mesures restrictives empêchent l'Iran d'écouler librement son pétrole sur les marchés internationaux, limitant ainsi ses ressources financières et sa capacité à mener des échanges économiques à grande échelle. Dans ce contexte, la Chine émerge une fois de plus comme un partenaire de premier plan pour l'Iran.
Malgré les difficultés liées aux sanctions, Pékin représente une solution concrète pour l'achat du pétrole iranien. Ce rôle s'explique par la forte dépendance de la Chine à l'égard de l'or noir, nécessaire au bon fonctionnement de son économie. L'empire du Milieu, en quête constante de ressources énergétiques pour soutenir son développement industriel, s'approvisionne auprès de l'Iran, contournant ainsi les restrictions imposées par les États-Unis.
Conscients de cette interdépendance, les États-Unis mettent en œuvre diverses stratégies destinées à exercer une pression accrue sur l'Iran. En ciblant le secteur énergétique iranien, Washington cherche à limiter la marge de manœuvre économique de Téhéran, tout en visant indirectement la Chine, qui reste l'un des principaux bénéficiaires du pétrole iranien sous sanctions. Ainsi, la politique américaine envers l'Iran s'inscrit dans une logique plus large de rivalité avec la Chine, où chaque mesure prise contre l'Iran peut avoir des répercussions sur l'approvisionnement énergétique chinois et, par conséquent, sur l'équilibre géoéconomique mondial.
Scénarios de changement de régime et perspectives de confrontation
Parmi les scénarios envisagés par l'administration américaine, figure la possibilité d'un changement de régime en Iran. Cette option viserait à favoriser l'émergence de dirigeants jugés plus conciliants envers les intérêts américains et occidentaux. Toutefois, il convient de noter que cette hypothèse demeure incertaine et dépend de nombreux facteurs tant internes qu'externes à l'Iran.
Néanmoins, les voies d'une confrontation de grande ampleur entre les États-Unis et la Chine semblent se dessiner. Cette confrontation pourrait devenir inévitable, à condition toutefois que les États-Unis parviennent au préalable à mettre en œuvre avec succès leur politique de containment économique efficace à l'égard de la Chine. Ainsi, l'issue des tensions autour de l'Iran et la capacité des États-Unis à influencer la région s'inscrivent dans une stratégie globale visant à limiter la montée en puissance de la Chine sur la scène internationale.
États-Unis versus Chine : la stratégie du containment économique
Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, Donald J. Trump a clairement affiché une volonté de freiner la croissance économique de la Chine. Dès son premier mandat, cette ambition s'est traduite par une série de mesures visant à limiter l'expansion de l'économie chinoise et à réduire son influence sur les marchés mondiaux. La politique menée par l'administration Trump s'est caractérisée par une approche directe et offensive, cherchant à affaiblir les capacités de développement de l'empire du Milieu.
Avec le début de son second mandat, cette stratégie s'est renforcée et la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine s'est intensifiée. Le ton adopté par l'administration américaine est devenu nettement plus agressif, marquant une escalade dans le conflit économique. Les mesures restrictives et les sanctions imposées visent à exercer une pression maximale sur l'économie chinoise, dans le but de contenir sa montée en puissance et de préserver les intérêts stratégiques des États-Unis sur la scène internationale.
Néanmoins, la guerre commerciale menée par Donald J. Trump contre la Chine, notamment par l'imposition de droits de douane importants, n'a pas permis d'atteindre les objectifs initialement visés. Malgré la fermeté affichée et les mesures restrictives adoptées, l'économie chinoise n'a pas fléchi comme l'espérait l'administration américaine. Face à cette résistance et à la difficulté de déstabiliser directement la Chine dans le cadre d'une confrontation commerciale directe, Donald J. Trump ne se résigne pas à abandonner sa politique de pression. Conscients de la robustesse de l'empire du Milieu, les États-Unis cherchent à contourner l'obstacle en s'attaquant aux partenaires les plus proches de la Chine. Cette orientation stratégique vise à affaiblir indirectement la puissance chinoise par la mise sous pression de ses alliés.
La succession des événements récents tend à confirmer l'hypothèse stratégique avancée initialement. Parmi les trois pays étudiés précédemment (Russie, Venezuela, Iran), la Russie se distingue par sa puissance militaire, la seule réellement capable de rivaliser avec les États-Unis sur le plan international. Dès lors, l'implication de la Russie dans le conflit ukrainien apparaît comme une manœuvre mûrement réfléchie, destinée à limiter ses capacités d'intervention sur d'autres théâtres d'opérations.
Ce contexte militaire mobilise la majorité de ses ressources et rend particulièrement difficile, voire impossible, la fourniture d'une assistance significative à ses alliés à l'étranger. Cette situation crée, de fait, une fenêtre d'opportunité pour d'autres interventions stratégiques. Le cas du Venezuela illustre parfaitement cette dynamique. Bien qu'il n'existe pas d'accord de défense formel entre la Russie et le Venezuela, on peut supposer qu'en l'absence du conflit en Ukraine, la Russie aurait été en mesure d'apporter un soutien plus marqué à son partenaire sud-américain. Or, l'enlisement de Moscou dans la guerre ukrainienne a laissé le champ libre à une attaque contre le Venezuela.
Extension de la stratégie américaine en Amérique latine
Si la Russie, l'Iran et le Venezuela constituent des pièces maîtresses dans la stratégie américaine visant à contenir la montée en puissance de la Chine, les États-Unis ne limitent pas leur action à ces seuls acteurs. Dans le cadre de leur nouvelle politique étrangère, Washington tend à redéfinir le continent américain comme une zone d'influence exclusive. Cette orientation stratégique vise à consolider la présence et l'autorité des États-Unis sur l'ensemble de l'Amérique, tout en cherchant à restreindre l'influence croissante de la Chine dans la région.
Dans cette perspective, les États-Unis projettent de priver la Chine de ses partenaires commerciaux en Amérique du Sud. Cette initiative s'inscrit dans une logique de rivalité directe, les décideurs américains ayant pleinement conscience de la dépendance de l'économie chinoise à l'égard de ses exportations. En s'attaquant aux liens économiques entre la Chine et les pays sud-américains, Washington entend fragiliser indirectement l'essor de l'empire du Milieu et préserver ainsi sa propre prééminence économique et politique sur le continent.
Conclusion
Les États-Unis affichent une détermination sans équivoque dans leur volonté de contrôler les alliés stratégiques les plus proches de la Chine. Leur objectif principal consiste à couper Pékin de ses partenaires commerciaux, dans le but de l'affaiblir progressivement sur le plan économique. Cette approche vise à créer une forme d'asphyxie économique, en privant la Chine des ressources stratégiques et des marchés nécessaires à la poursuite de sa croissance. Une fois cette pression installée, Washington entend patienter jusqu'à ce que le contexte soit favorable pour porter un coup décisif à la puissance chinoise. Tous les signaux indiquent que le dossier taïwanais pourrait être le déclencheur d'un conflit armé entre la Chine et les États-Unis : la Chine entend réintégrer Taïwan à la mère patrie, tandis que les États-Unis ont trop à perdre si la Chine parvenait à reprendre Taïwan, premier producteur mondial de semi-conducteurs dont dépend fortement l'économie américaine.
Cependant, une interrogation demeure : les États-Unis ne risquent-ils pas de reproduire avec la Chine l'erreur commise face à la Russie ? La stratégie offensive et les mesures de pression appliquées à Moscou n'ont pas abouti aux résultats escomptés, soulevant ainsi la question de l'efficacité d'une telle politique à l'égard de Pékin. Quoi qu'il en soit, il paraît presque évident qu'un conflit armé avec la Chine pourrait entraîner la fin de la suprématie des États-Unis.
Références
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Del Valle, A. et Soppelsa, J. (2021). La mondialisation dangereuse. L'Artilleur.
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Dubien, A. (2001). De l'URSS à la Russie. Revue internationale et stratégique, (41), 157-171.
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dericedieff@gmail.com