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Le site web du Ministère des Travaux Publics, Transports et Communications fonctionne et présente une interface complète. L'adresse mtptc.gouv.ht ouvre une page d'accueil ordonnée, avec menus déroulants, galerie d'images et section d'actualités. Le slogan placé en haut à gauche, « Un pays en chantier... », accompagne six icônes qui illustrent les grands domaines d'intervention : travaux publics, transport, telecom, eau potable et assainissement, énergie et, enfin, urbanisme. Trois articles apparaissent dans la rubrique des actualités. Le premier, daté du 27 janvier 2024, annonce des travaux de réhabilitation sur la RN6 dans le Nord. Le second, publié le 25 septembre 2023, affirme que l'institution « est toujours en action » et mentionne des interventions en province et dans la capitale. Le troisième, du 4 avril 2023, met en avant la remise en service de l'usine d'asphalte de Camp Perrin. L'interface affiche en haut à droite la date du « Thursday 13 November 2025 », mais aucune actualité n'a été ajoutée depuis le 27 janvier 2024. En bas de page, le copyright indique « 2020 ». L'ensemble donne l'image d'une institution qui maintient une présence numérique sans l'alimenter.
La Loi Organique du Ministère des Travaux Publics, Transports et Communications, publiée au Moniteur du 20 octobre 1983, décrit un ensemble de responsabilités étendues. L'article 2 stipule que le ministère assure l'étude, la planification, l'exécution, l'entretien et l'évaluation des infrastructures physiques du pays, tant dans les zones urbaines que rurales. Il lui revient également d'établir les règlements d'urbanisme et les normes techniques de construction ainsi que de contrôler les services fournis par les entités publiques et privées. L'article 12 précise que la Direction Générale coordonne l'ensemble des activités techniques et administratives du département. Les articles 27 et 28 confient au Service de Planification Urbaine l'élaboration des schémas d'aménagement et des plans directeurs, tandis que le Service de Génie Urbain prend en charge les ouvrages d'assainissement, les systèmes de drainage, les rues, les parcs et les bâtiments publics. Le Service de Génie Urbain, selon ce même article, prend en charge les ouvrages d'assainissement, les systèmes de drainage, les rues, les parcs et les bâtiments publics. Sur le papier, l'institution constitue l'architecte national de l'espace habité.
Depuis le séisme de 2010, une multitude de documents de planification ont été produits pour Port-au-Prince. Ils émanaient du MTPTC, de bailleurs internationaux ou d'organisations non gouvernementales. Plans d'aménagement pour Canaan, schémas directeurs métropolitains, politiques de logement ou documents techniques, tous mobilisaient le vocabulaire de la régulation urbaine : zonage, densité maîtrisée, réseaux d'assainissement, continuité des infrastructures. Ces propositions imaginaient une ville encadrée par des normes et structurée par des choix collectifs stables.
Or ces projets n'ont trouvé aucune prise sur la réalité de la capitale. L'urbanisation s'est poursuivie dans des conditions de grande précarité, sur des terrains à risque, sans titres fonciers ni règles de construction. Les secteurs protégés, comme Morne L’Hôpital, ont été investis. Les pentes instables densifiées. Les zones inondables occupées faute d'alternative. Les dispositifs réglementaires mentionnés dans la loi organique ne se sont jamais appliqués, les mécanismes de contrôle n'ont pas fonctionné. Depuis plusieurs années, les déplacements forcés liés à l'insécurité réorganisent l'espace plus vite que ne le font les tentatives de planification. Les habitants quittent certains secteurs et cherchent refuge ailleurs. Les groupes armés imposent des limites qui influencent les trajets, les activités économiques et les lieux de résidence. La ville évolue selon des forces qui échappent au cadre technique que le MTPTC était chargé de mettre en œuvre.
Les actualités publiées illustrent cette discordance. Les trois articles portent sur des chantiers situés hors de Port-au-Prince ou traitent d'interventions routières de portée limitée. Aucun ne décrit l'état des voies coupées dans la capitale, l'effondrement des réseaux d'assainissement ou la fermeture des bâtiments publics. L'article du 25 septembre 2023 évoque des travaux dans la zone métropolitaine, mais sans précision. Rien n'indique comment l'institution répond aux routes barrées, aux ponts inutilisables ou à la relocalisation des services administratifs. La communication institutionnelle contourne ce qui constitue pourtant l'enjeu central de l'urbanisme national.
Le MTPTC dispose d'un mandat clair pour encadrer l'espace bâti, contrôler les constructions et garantir l'entretien des infrastructures. Sa présence numérique confirme son existence administrative, mais le contenu diffusé ne permet pas d'identifier une action cohérente à Port-au-Prince. Les rares informations renvoient à des interventions dispersées, situées loin du principal foyer de crise. La capitale se trouve hors du champ visible de l'institution chargée de son aménagement, alors même que ses infrastructures se dégradent, que ses routes se ferment et que ses services publics se relocalisent au gré des opportunités.
Le slogan « Un pays en chantier... » acquiert dans ce contexte un sens inattendu. Le pays est effectivement en chantier, mais il s'agit d'un chantier où les infrastructures se décomposent, où les routes se coupent et où les équipements publics cessent de fonctionner. L'institution est active sur le plan administratif et médiatique, mais la capitale se délite. Port-au-Prince, qui n'a jamais vraiment connu de planification cohérente, voit disparaître jusqu'aux tentatives fragmentaires de régulation tandis que l'institution mandatée pour les conduire s'efface de son présent le plus critique.