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« 2026, année déclarée prioritairement pour la sécurité et l'organisation des élections générales » : le chef du gouvernement s'engage à déployer un programme d'éclairage public pour « faciliter le retour des résidents et renforcer l'efficacité des forces de l'ordre »
PORT-AU-PRINCE — Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a rencontré jeudi 26 décembre les leaders des organisations communautaires de base « dans le cadre d'une série de dialogues multisectoriels à l'occasion des fêtes de fin d'année », selon un communiqué de presse de la Primature publié le 26 décembre. Au cours de cette rencontre, le chef du gouvernement a « réitéré son appel à l'intégration politique et à l'inclusion sociale des organisations de base afin de créer un climat apaisé pour 2026, année déclarée prioritairement pour la sécurité et l'organisation des élections générales ».
Les chefs de file des communautés ont « présenté leurs cahiers de charges, mettant en lumière les attentes des quartiers populaires de l'aire métropolitaine de Port-au-Prince, notamment en matière de lutte contre l'insécurité, de libre circulation des personnes et des biens, et d'amélioration des conditions de vie de la population », précise le document. Les échanges ont également porté « sur la situation des personnes déplacées internes, des femmes et des filles victimes de violences liées au grand banditisme, ainsi que sur l'assainissement ».
Pour des « actions concrètes immédiates », le Premier ministre « s'engage à déployer un programme d'installation de lampadaires à Solino et à Delmas 30, visant à faciliter le retour des résidents dans leurs quartiers et à renforcer l'efficacité des forces de l'ordre pour neutraliser les groupes armés ». Ces initiatives « s'inscrivent dans la perspective de consolider un climat de stabilité politique, de créer des emplois et de relancer l'économie, préparant ainsi le terrain pour des élections libres et démocratiques ».
L'engagement du Premier ministre à installer des lampadaires à Solino et Delmas 30 répond à une problématique critique dans les quartiers populaires de Port-au-Prince où l'obscurité nocturne favorise les activités criminelles et limite les opérations des forces de l'ordre contre les groupes armés. L'éclairage public constitue un élément de base de la sécurité urbaine, permettant aux résidents de circuler plus sûrement et aux forces de sécurité d'opérer avec davantage d'efficacité. L'absence d'éclairage dans de nombreux quartiers reflète la dégradation des infrastructures urbaines et le retrait de l'État de certaines zones sous emprise territoriale des gangs.
Solino et Delmas 30 font partie des quartiers de la zone métropolitaine de Port-au-Prince affectés par l'insécurité chronique. Selon les données du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) d'octobre 2025, les groupes armés contrôlent près de 90% de Port-au-Prince, paralysant les services publics essentiels incluant l'électricité, l'eau, l'assainissement, la santé, l'éducation et les transports. L'objectif déclaré de « faciliter le retour des résidents dans leurs quartiers » témoigne du déplacement massif de populations chassées de leurs zones d'origine par la violence des gangs.
La référence à « la situation des personnes déplacées internes, des femmes et des filles victimes de violences liées au grand banditisme » fait écho aux données alarmantes documentées par le Sous-Cluster VBG. Entre janvier et septembre 2025, 7 472 incidents de violences basées sur le genre ont été rapportés (27 cas par jour), dont 56% de violences sexuelles incluant 65% de viols collectifs par gangs armés. Le profil des survivant(e)s montre que 76% sont des femmes adultes et 14% des filles de moins de 18 ans. Seulement 27% des survivantes de viol ont eu accès à des soins médicaux dans les 72 heures.
Environ 1,4 million de personnes demeurent déplacées internes en Haïti, dont environ 210 000 dans des sites précaires dans la Zone Métropolitaine de Port-au-Prince. Le Président du Conseil Présidentiel de Transition, Laurent Saint-Cyr, accompagné du Premier ministre, avait rencontré le 23 décembre à la Primature des responsables de la Commission des leaders des neuf sites de personnes déplacées internes de Port-au-Prince, ainsi que des membres de la Commission d'appui et de gestion des restaurants communautaires. Le Premier ministre avait alors annoncé « la prochaine nomination officielle de leaders communautaires » et réaffirmé « l'engagement du CPT et de son Gouvernement à créer des conditions sécuritaires favorables au retour des PDI dans leurs zones d'origine ».
La déclaration de 2026 comme « année prioritairement pour la sécurité et l'organisation des élections générales » intervient alors que le Conseil Présidentiel de Transition, mis en place en avril 2024 par l'Accord du 3 avril signé sous l'égide de la Communauté caribéenne (CARICOM), a pour mandat d'organiser des élections libres et transparentes avant février 2026. Le Conseil Électoral Provisoire a publié le 30 octobre le projet de décret devant régir l'organisation des prochaines élections, ouvrant une période de consultation pour recueillir les observations des acteurs politiques et de la société civile. Haïti n'a organisé aucune élection depuis le scrutin présidentiel et législatif de 2016, et le Parlement est dissous depuis janvier 2023.
L'organisation d'élections crédibles nécessite des conditions sécuritaires minimales permettant aux électeurs de se déplacer vers les bureaux de vote et aux agents électoraux d'opérer sans menaces. Les gangs contrôlent actuellement de nombreux bureaux de vote potentiels dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince et dans l'Artibonite, rendant extrêmement difficile la tenue de scrutins dans ces zones représentant environ 40% du corps électoral national.
La Mission multinationale d'appui à la sécurité (MMAS), dirigée par le Kenya et autorisée par le Conseil de sécurité de l'ONU, fait face à des défis majeurs liés à l'insuffisance de financement et de personnel. Les effectifs déployés demeurent largement en deçà des 2 500 agents autorisés, limitant sévèrement les capacités opérationnelles dans les zones sous contrôle des groupes armés. Le Président Laurent Saint-Cyr était récemment en déplacement à Washington les 11 et 12 décembre pour participer à la réunion du Groupe des Amis d'Haïti à l'OEA et a appelé à des contributions effectives pour la Force de Répression des Gangs (FRG), insistant sur « l'urgence de traduire les engagements internationaux en actions tangibles ».
Les organisations communautaires de base jouent un rôle crucial dans les quartiers populaires de Port-au-Prince, assumant souvent des fonctions de médiation sociale, d'organisation de services de base, et de représentation des intérêts communautaires auprès des autorités et des organisations internationales. L'appel du Premier ministre à « l'intégration politique et à l'inclusion sociale des organisations de base » suggère une volonté de formaliser le rôle de ces acteurs dans la gouvernance locale et dans le processus de transition politique.
La perspective de « consolider un climat de stabilité politique, de créer des emplois et de relancer l'économie » demeure confrontée à des obstacles structurels considérables. Haïti traverse sa septième année consécutive de récession économique, avec un PIB estimé en baisse de 1% en 2025. L'inflation générale atteint 31,9% (août 2025), tandis que l'inflation alimentaire s'élève à 35%. Le Famine Early Warning Systems Network (FEWS NET) projette que 3,0 à 3,49 millions de personnes auront besoin d'aide alimentaire d'ici mai 2026, avec des zones en phase d'urgence (IPC Phase 4) incluant Cité Soleil, Port-au-Prince et Croix-des-Bouquets.