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« Le Gouvernement se mobilise pour créer les conditions politiques, sécuritaires, financières et logistiques indispensables » : séance de travail sur l'organisation des prochaines élections dans un contexte de 1,45 million de déplacés
PORT-AU-PRINCE — « Le Premier ministre, Son Excellence Monsieur Alix Didier Fils-Aimé, a tenu une séance de travail avec le Conseil Électoral Provisoire (CEP) autour de l'organisation des prochaines élections et des conditions nécessaires à leur réalisation », selon un communiqué de presse de la Primature publié mardi 8 avril 2026.
« Au terme des échanges, une convergence claire s'est dégagée : le Gouvernement et le CEP s'alignent sur une même priorité, celle d'organiser, dans les meilleurs délais, des élections démocratiques, inclusives et crédibles, dans des conditions garantissant la transparence, la sécurité et la participation de tous les citoyens », précise le document.
« Le Premier ministre a réaffirmé son engagement à accompagner ce processus dans le strict respect de l'indépendance du CEP, institution responsable de la conduite technique et opérationnelle des scrutins. De son côté, le Gouvernement se mobilise pour créer les conditions politiques, sécuritaires, financières et logistiques indispensables », indique le communiqué.
« Tous les acteurs concernés sont appelés à jouer pleinement leur rôle afin de permettre la tenue d'élections libres et honnêtes, répondant aux aspirations de la population à la stabilité et au retour à l'ordre constitutionnel », conclut le document.
Le communiqué ne mentionne aucun montant financier précis, aucun engagement budgétaire confirmé, ni aucun calendrier pour la tenue des élections. Cette séance de travail fait suite à une réunion du 23 mars que le Premier ministre avait présidée à la Primature avec le CEP, le PNUD, l'UNOPS et l'OEA sur le budget des élections, sans qu'aucun montant ni engagement financier n'ait été annoncé dans le communiqué publié à l'issue de cette rencontre.
Le Président du CEP, Jacques Desrosiers, avait rappelé lors d'une conférence de presse le 13 mars que « la disponibilité de fonds nécessaires à la conduite des opérations électorales » constitue l'un des deux préalables essentiels à l'exécution du calendrier électoral, l'autre étant « l'instauration d'un climat sécuritaire acceptable ». Le financement des élections avait été précédemment estimé à 120 millions USD.
La mention dans le communiqué du 8 avril que « le Gouvernement se mobilise pour créer les conditions politiques, sécuritaires, financières et logistiques indispensables » intervient dans un contexte sécuritaire extrêmement difficile. Selon la mise à jour FEWS NET publiée en mars 2026, « le total de PDI » atteint « plus de 1,45 million », incluant environ 4 500 personnes déplacées suite à des attaques récentes à Boucan-Carré dans le Plateau Central.
Le rapport FEWS NET indique que des attaques ont été signalées dans l'Artibonite les 28 et 29 mars, « particulièrement dans la localité de Jean-Denis, où des personnes auraient été tuées par les membres du gang "Grand grif" contrôlant ce département ». « Le contrôle des axes routiers par des groupes armés limite les flux commerciaux, réduit les opportunités de revenus et maintient une forte dépendance aux marchés, en particulier dans la ZMPP, l'Artibonite et le Centre. »
Les groupes armés contrôlent près de 90% de Port-au-Prince selon les données d'octobre 2025. L'OIM a rapporté le 11 mars que des attaques armées survenues à partir du 8 mars à Croix-des-Bouquets et Cité Soleil ont entraîné le déplacement de 2 945 personnes (822 ménages). FEWS NET projette une insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l'IPC) dans la majorité du pays et d'Urgence (Phase 4 de l'IPC) dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince jusqu'en septembre 2026.
Le Gouvernement a intensifié les efforts de renforcement sécuritaire. Le ministre de la Défense Mario Andrésol a visité le 5 avril la base Anacaona entre Gressier et Léogâne en vue de la formation d'une nouvelle classe d'enrôlés des FAd'H, dans le cadre d'une « perspective d'augmentation continue et rapide de l'effectif militaire ». Le 23 janvier, 877 nouveaux policiers ont été gradués dans le cadre du Projet P4000 visant la formation de 4 000 agents d'ici début 2027.
Le Premier ministre Fils-Aimé a rencontré le 25 février le Secrétaire d'État américain Marco Rubio pour discuter de « la mobilisation des partenaires en appui au déploiement de la Force de Répression des Gangs (FRG), notamment en matière de ressources humaines spécialisées, d'équipements stratégiques, d'appui logistique et de soutien financier ». La FRG compte actuellement environ 1 000 agents déployés, largement en deçà de l'objectif de 5 500 personnel autorisés.
Le CEP a annoncé le 13 mars l'enregistrement de 320 partis politiques en vue des élections, avec publication de la liste des partis agréés prévue le 26 mars après analyse des dossiers. Plusieurs équipes du CEP sont déployées sur le terrain pour finaliser le recrutement de personnel vacataire, poursuivre la formation des structures déconcentrées et procéder à la mise à jour de la liste des centres de vote.
Le Pacte National pour la Stabilité et l'Organisation des Élections a été signé le 23 février à la Villa d'Accueil par plus de 250 acteurs politiques et économiques. Ce cadre stratégique repose sur quatre axes prioritaires : le renforcement de la sécurité, l'amélioration des conditions de vie, le renforcement institutionnel et constitutionnel, ainsi que la professionnalisation du système électoral.
Le Premier ministre a tracé le 7 mars la feuille de route gouvernementale définissant comme première priorité « le rétablissement de la sécurité sur l'ensemble du territoire », suivi du redressement économique et social et de l'organisation d'élections libres et crédibles. Le Chef du Gouvernement avait réaffirmé le 7 avril lors de la commémoration du 223e anniversaire de la mort de Toussaint Louverture « la volonté de l'État de restaurer l'autorité républicaine et de garantir un climat de sécurité propice à l'organisation d'élections générales crédibles, inclusives et démocratiques sur l'ensemble du territoire national ».
Aucune élection n'a été organisée en Haïti depuis 2016. Le Parlement a été dissous en janvier 2023. Le retour à l'ordre constitutionnel nécessite l'élection d'un Président de la République, de deux chambres législatives, ainsi que des autorités locales. Le Conseil des Ministres a adopté le 7 février un décret plaçant le Pouvoir Exécutif sous l'égide du Conseil des Ministres sous la présidence du Premier ministre Fils-Aimé, définissant comme priorités le rétablissement de la sécurité publique, l'organisation d'élections libres et transparentes, et la garantie du fonctionnement régulier des institutions.
La « convergence claire » annoncée dans le communiqué du 8 avril entre le Gouvernement et le CEP sur « la priorité d'organiser, dans les meilleurs délais, des élections démocratiques, inclusives et crédibles » ne s'accompagne d'aucune précision sur les « meilleurs délais » ni sur les mécanismes concrets de mobilisation des « conditions financières indispensables » mentionnées. Le document n'indique pas si la Task Force nationale pour l'organisation des élections, créée lors de la réunion du 23 mars, a produit des résultats tangibles.