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« Ce n'est pas un simple programme académique de plus. C'est notre réponse institutionnelle à une urgence nationale » : le Recteur Prédélus lance le MAPPEF en partenariat avec le MEF avec 60 crédits sur deux ans
PORT-AU-PRINCE — L'Université d'État d'Haïti a procédé vendredi 23 janvier au lancement officiel du Programme de Master en Analyse des Politiques Publiques dans le domaine de l'Économie et des Finances (MAPPEF). La cérémonie s'est tenue au Rectorat de l'UEH, « en présence des membres du Conseil exécutif, du Conseil de l'Université, du Secrétaire général, de professeurs, d'étudiants et d'autres invités », selon le communiqué officiel de l'institution.
Ce nouveau programme de deuxième cycle, rattaché au Département des Sciences économiques de la Faculté de Droit et des Sciences Économiques (FDSE), « est le fruit d'un partenariat stratégique entre l'UEH et le Ministère de l'Économie et des Finances (MEF) ». Le programme « s'inscrit dans la volonté de l'institution universitaire de contribuer activement au renforcement des capacités nationales en matière de conception, de mise en œuvre et d'évaluation des politiques publiques ».
Dans son discours de circonstance, le Recteur Dieuseul Prédélus a souligné « la portée historique et stratégique de ce lancement, rappelant le rôle central de l'Université dans la reconstruction institutionnelle du pays ». « Le Master en Analyse des Politiques Publiques que nous lançons aujourd'hui n'est pas un simple programme académique de plus. C'est notre réponse institutionnelle à une urgence nationale », a-t-il déclaré, estimant que « l'absence de politiques publiques cohérentes et évaluées demeure l'un des principaux freins au développement d'Haïti ».
Face aux crises économiques, politiques et sécuritaires qui fragilisent l'État haïtien, le Recteur a insisté sur « la nécessité de former des cadres capables de transformer les intentions publiques en résultats concrets ». « Nous ne pouvons continuer à former uniquement des licenciés sans offrir la spécialisation de haut niveau que requiert la transformation de notre pays », a-t-il affirmé, réaffirmant « la mission historique de l'UEH de servir la nation ».
Le Recteur a réaffirmé « la foi de l'Université d'État d'Haïti dans la capacité du savoir à transformer la société » : « Dans cinq ans, dans dix ans, lorsque l'on évaluera l'impact de ce programme, nous pourrons mesurer notre succès non pas au nombre de diplômes délivrés, mais à la qualité des politiques publiques mises en œuvre en Haïti, à la réduction de la pauvreté, à l'amélioration de l'éducation et de la santé, au renforcement de nos institutions et à la croissance économique inclusive », a-t-il conclu.
Le Doyen de la FDSE, Jean Eugène Pierre-Louis, a replacé « ce programme dans le contexte global de la crise multidimensionnelle que traverse le pays ». « Haïti a besoin, plus que jamais, de cadres supérieurs, de chercheurs et de gestionnaires publics bien formés pour sortir durablement de la crise », a-t-il affirmé. Pour le Doyen, le MAPPEF « constitue une réponse concrète aux besoins de l'administration publique en analystes, économistes et gestionnaires capables d'éclairer la prise de décision publique ».
« Ce programme répond à une nécessité nationale de renforcer la capacité d'analyse et d'action de l'État dans un contexte marqué par la fuite des cerveaux », a souligné le Doyen Pierre-Louis. Il a précisé que « la formation proposée permettra de constituer un vivier de cadres compétents au sein des institutions nationales et internationales évoluant en Haïti, notamment la Primature, le MEF, le MPCE, les autres ministères sectoriels, les organismes autonomes, les institutions indépendantes, les collectivités territoriales, les entreprises publiques et semi-publiques, la BRH, les entreprises étrangères, les institutions de coopération internationale, les bureaux d'études ainsi que les centres de recherche universitaires ».
Le professeur Luc Dieubénite Alexis, membre du Comité de coordination du MAPPEF, a présenté les fondements académiques et pédagogiques du programme. Selon le professeur Alexis, « le MAPPEF est structuré autour de 60 crédits répartis sur deux ans, comprenant 14 modules de cours et de séminaires, deux stages professionnels et un mémoire de fin d'études ». L'enseignement « combinera le présentiel et le distanciel et reposera sur des méthodes pédagogiques modernes telles que la classe inversée, les études de cas, les travaux de groupe et les jeux de rôles, dans une logique résolument andragogique ».
« Nous voulons former non pas de simples finissants, mais de véritables diplômés, capables de répondre aux exigences du monde professionnel et institutionnel », a insisté le professeur Alexis. Le programme est « ouvert tant aux diplômés de différentes disciplines de l'UEH qu'aux fonctionnaires de l'administration publique haïtienne intéressés par l'analyse des politiques publiques ». La gestion sera « assurée par un Comité de coordination composé d'universitaires chevronnés, garantissant la qualité académique et la pérennité du projet ».
Le MAPPEF « bénéficiera de partenariats institutionnels et académiques, tant au niveau national qu'international. Des accords de coopération sont notamment envisagés avec l'Université des Antilles, le réseau CEDIMES et d'autres institutions, renforçant ainsi l'ouverture internationale du MAPPEF », précise le communiqué.
Ce lancement s'inscrit dans une dynamique de consolidation des alliances académiques de l'UEH. Le Recteur Prédélus a signé le 15 décembre un accord-cadre de sept ans avec l'École Européenne de Direction et d'Entreprise (EUDE Business School) d'Espagne, et le 11 décembre un accord de coopération Sud-Sud de cinq ans avec l'Université Ibn Tofaïl de Kénitra au Maroc. L'UEH a également signé le 14 novembre un accord avec l'Office National d'Assurance Vieillesse (ONA) créant la première Chaire de Droit de la Protection et de la Sécurité Sociale en Haïti à la FDSE.
Le Doyen Jean Eugène Pierre-Louis préside le Conseil scientifique et pédagogique de cette Chaire UEH-ONA, qui vise à former 300 professionnels spécialisés en cinq ans. Le Recteur Prédélus copréside également le Comité National Haïtien de Restitution et Réparation (CNHRR), dont la feuille de route 2026 prévoit la création d'une Chaire de Recherche sur la double rançon à l'UEH au premier trimestre 2026.
L'UEH, créée en 1944 et regroupant 14 facultés et instituts spécialisés, demeure la principale institution d'enseignement supérieur public du pays avec environ 35 000 étudiants inscrits. Le Conseil de l'Université d'État d'Haïti (CUEH) a tenu les 30 et 31 octobre sa première session ordinaire de l'année académique 2025-2026, adoptant le budget annuel, approuvant le principe de création d'une coopérative universitaire et entérinant un plan de carrière pour le personnel enseignant.