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À la FASCH, chez la FASCH: La Faculté des sciences humaines comme foyer de pensée intellectuelle en Haïti

Déclaration d'amour lucide d'un ancien étudiant à la FASCH : éloge du débat, de la pensée décoloniale et de l'autonomie universitaire.

Table des matières

Et pour toujours, un sujet pensant !

Préambule : une déclaration d'amour

On n'écrit pas sur la Faculté des Sciences Humaines de l'Université d'État d'Haïti comme on écrit sur une institution. On écrit sur elle comme on écrit sur une première patrie de l'esprit, comme on écrit sur une maison où l'on a appris non pas seulement à savoir, mais à vouloir savoir ; non pas seulement à répondre, mais à interroger ; non pas seulement à recevoir le monde, mais à le contester. Je suis un ancien étudiant de la FASCH, et ce texte n'est ni un bilan ni un audit. C'est un cri du cœur. C'est la déclaration de fidélité d'un homme à l'endroit où il est devenu, pour la première fois et pour toujours, un sujet pensant.

Il faut le dire tout de suite, sans détour, pour que rien dans la suite ne soit lu de travers : j'aime la FASCH. Je l'aime de cet amour qui n'a pas peur de la critique, de cet amour adulte qui sait que l'on ne respecte vraiment que ce que l'on ose juger. La FASCH est loin d'être irréprochable. Elle est même, par endroits, exaspérante, déglinguée, contradictoire, inégale. Mais c'est précisément parce qu'elle est tout cela qu'elle reste, à mes yeux, l'un des derniers lieux d'Haïti où l'intelligence respire encore à pleins poumons, où la pensée n'est pas un luxe importé mais une nécessité vitale, presque un réflexe de survie.

Ce texte avance en deux mouvements. Il commence par le cœur ; par le souvenir, par la gratitude, par l'émotion d'avoir appartenu à une communauté de pensée. Puis il monte vers la tête — vers l'analyse, vers la critique institutionnelle, vers la question de ce que doit être une université dans un pays comme le nôtre. Le lyrisme d'abord, la rigueur ensuite ; mais que l'on ne s'y trompe pas : c'est le même mouvement, c'est le même amour. Car chez nous, dans la tradition intellectuelle haïtienne que je revendique, on n'a jamais cru que le cœur et la raison fussent ennemis. Anténor Firmin, en réfutant Gobineau, n'a pas seulement aligné des arguments : il a mis dans sa démonstration une passion morale qui fait encore vibrer ses pages. C'est cette tradition-là que je veux honorer ici.

Ce que c'était que d'arriver

Je me souviens du premier jour. Non pas de la date — la mémoire ne garde pas les dates, elle garde les états d'âme, les sensations : ce mélange de vertige et d'appartenance que l'on éprouve en franchissant le seuil d'un lieu dont on a entendu parler bien avant d'y entrer. Pour un jeune Haïtien venu de la province, la FASCH n'était pas un bâtiment. C'était une promesse : l'idée qu'il existait, quelque part dans la ville, dans le pays, un espace où l'on pouvait enfin penser à voix haute, où l'on pouvait apprendre à défendre les siens, où l'on pouvait apprendre à mieux aimer sa mère, sa terre ; où la curiosité était une vertu et non une bizarrerie.

J'arrivais avec mes livres mal digérés, mes intuitions confuses, mes ambitions secrètes, et cette faim que les pauvres en savoir connaissent bien : comprendre pourquoi le monde est ainsi fait, pourquoi mon pays souffre, pourquoi nous, héritiers de la première révolution noire victorieuse, semblons à ce point empêchés. La FASCH ne m'a pas donné de réponses. Elle a fait mieux : elle a légitimé mes questions. Elle m'a dit, à sa manière brute : « Tu as le droit de demander. Tu as le devoir de demander. » La fameuse question : « SOU KI BAZ ? »

Il faut avoir grandi dans un pays où l'intelligence est suspecte pour mesurer ce que cela représente. Ailleurs, l'enfant qui pose trop de questions dérange, l'élève qui conteste son maître est un insolent. La FASCH inversait cet ordre : celui qui ne posait pas de questions était suspect, celui qui acceptait sans discuter était tenu pour endormi. C'était une révolution intérieure, et elle se produisait dans les hangars autant que chez « Le Sage ».

L'université invisible : chaque camarade, un professeur

Voici le cœur de mon témoignage : à la FASCH, à mon époque, chaque camarade étudiant était un professeur improvisé. Je pèse mes mots. Le savoir ne descendait pas seulement de la chaire vers les bancs ; il circulait horizontalement, de banc à banc, de HA à HA. À côté de l'université officielle existait une autre université, invisible, informelle, bouillonnante, qui était peut-être la vraie.

C'était l'université de celui qui venait de finir un livre la veille et ne pouvait attendre pour le partager : l'œil fiévreux, le livre en main, il vous attrapait par le bras — « Tu as lu ça ? Il faut que je te raconte. » Et commençait, dans la carcasse de voiture abandonnée ou sur un muret, un cours improvisé, passionné, parfois maladroit, sur Marx ou Fanon, Foucault ou Trouillot, Glissant ou Bourdieu. (Je pourrais citer des noms, mais j'ai fait l'économie de ne pas le faire ; ils se reconnaîtront. Merci de vos partages, les FASCMARADES, notamment les manchons. Rire.) Ce camarade n'avait aucun titre, n'était pas payé, n'avait souvent pas tout compris du livre qu'il défendait — mais il avait l'essentiel : le désir de partager, l'urgence de penser à plusieurs. Il avait compris qu'une idée que l'on garde pour soi pourrit, tandis qu'une idée jetée dans la mêlée se vérifie, se corrige, s'affine.

Cette pédagogie horizontale n'était pas un palliatif aux insuffisances de l'institution : c'était l'expression la plus pure de ce que doit être une communauté intellectuelle. Le sociologue y verrait un capital social transmis par contagion ; le poète, une fête de l'esprit. Moi, je dis que c'était la FASCH dans ce qu'elle avait de meilleur, et que cela, aucune dégradation ne pourra nous l'enlever, car cela vivait entre nous et nous l'avons emporté en partant. J'ai fait le vœu de partager mes connaissances !

On me dira : la FASCH, c'est aussi le désordre, le bruit, les grèves, les HA bondés, les cours interrompus. Oui — et je refuse que l'on confonde le désordre matériel, qui est une honte que l'État devrait réparer, avec ce que j'appellerais le bruit fécond de la pensée, qui est la marque même de la vie intellectuelle.

Là où les gens pensent vraiment, il ne peut régner le calme. Le calme intellectuel est une illusion ou une mort. Une salle où tout le monde acquiesce, où nulle main ne se lève pour objecter, n'est pas une salle de classe : c'est une chambre funéraire de l'esprit. Le propre de l'université, sa raison d'être, ce sont les frictions idéologiques et paradigmatiques, le choc des écoles, la guerre courtoise des interprétations du monde. Une université où règne la paix dans la réflexion est une université morte, qui distribue des diplômes comme on distribue des médailles à des soldats qui n'ont jamais combattu.

La FASCH, dans ses bonnes années, était bruyante de cette belle manière. On s'y disputait sur tout : réformiste ou gauchiste, positiviste ou structuraliste, phénoménologue, nationaliste ou cosmopolite. On défendait Marx contre ceux qui le trouvaient excessif, et l'on défendait ses contradicteurs contre les marxistes trop dévots. Ce vacarme des idées était le son même de la liberté.

Portrait du professeur qui nous a faits

Je n'ai pas encore parlé des professeurs — les vrais, ceux qui avaient le titre. C'est que les meilleurs d'entre eux ne se distinguaient guère des camarades-professeurs improvisés : ils étaient comme eux, en plus accomplis, mais animés du même feu. Le grand professeur de la FASCH n'était pas celui qui savait le plus de choses ; c'était celui qui donnait le plus envie de savoir. (Là encore, je pourrais citer des noms ; je m'abstiens de le faire. Chers et chères professeur·e·s de la FASCH, MERCI GRANDEMENT !)

Je revois celui qui entrait dans la salle sans notes et parlait deux heures en pensant devant nous, à voix haute, nous faisant assister à la naissance d'une idée plutôt qu'à sa restitution. Celui-là nous apprenait que penser n'est pas réciter un savoir figé, mais l'aventure d'un esprit en mouvement. Je revois celui qui sollicitait nos objections, qui se réjouissait d'être contredit avec pertinence, qui disait sans honte « je ne sais pas » ou « vous avez raison, je m'étais trompé » : il incarnait l'éthique firminienne — dire la vérité, y compris celle de ses propres limites.

Et je revois celui — il y en avait, hélas — qui était l'inverse : le mandarin imbu de son savoir, qui méprisait les étudiants et punissait la contradiction. Celui-là aussi nous apprenait quelque chose, par contraste : ce que l'université ne doit pas être. Aux meilleurs, je dois une dette immense. Un professeur sème des graines dont il ne verra pas les fruits ; mais nous, ses anciens étudiants, nous savons. Chaque fois que nous osons une objection, c'est un peu eux qui parlent en nous. C'est la plus belle des immortalités : celle qui se transmet d'esprit à esprit.

Cette irrévérence intellectuelle, cette propension à la querelle féconde, n'est pas une importation ni une mode venue d'ailleurs. Elle est inscrite dans la matrice même de la pensée haïtienne. Penser, en Haïti, a toujours été un acte de contestation.

Songeons à ce que signifiait, au dix-neuvième siècle, prendre la plume pour un Haïtien. Le monde blanc avait décrété le Noir incapable de civilisation et de pensée abstraite ; la science raciale de l'époque, avec ses tableaux crâniométriques, avait fait de cette infériorité un dogme prétendument démontré. C'est dans ce contexte qu'Anténor Firmin osa écrire, en 1885, De l'égalité des races humaines, réfutation point par point de Gobineau. Mesurons l'audace : un citoyen d'une jeune nation noire isolée prenait à partie l'un des théoriciens les plus influents de l'Europe, sur le terrain même de son adversaire — celui de la science et de la démonstration. Il ne quémandait pas la reconnaissance : il démontrait. Et il a démasqué l'escroc !

Voilà la généalogie dont la FASCH est l'héritière. Firmin nous a légué l'idée que la rigueur la plus exigeante peut être l'arme la plus tranchante contre l'oppression. Quand un étudiant conteste son professeur, il ne fait, qu'il le sache ou non, que perpétuer le geste firminien.

C'est là que se révèle la vocation profonde d'une faculté de sciences humaines dans un pays comme Haïti. Nous ne sommes pas un « pays riche » qui peut s'offrir une intelligentsia coupée du peuple, dialoguant avec elle-même dans une langue que nul ne comprend. Nous sommes un pays où l'immense majorité a été tenue à l'écart du savoir, où la langue du peuple, le créole, a été méprisée par ceux-là mêmes qui auraient dû la chérir. L'intellectuel y a une dette : il doit traduire, transmettre, rendre accessible. La FASCH fut aussi le lieu où j'ai compris que penser en créole n'était pas une régression mais une reconquête, et qu'il n'est pas de plus beau cadeau qu'une faculté puisse faire à ses enfants que de leur ôter la honte d'être ce qu'ils sont. Je ne citerai pas Leslie François Manigat, rassurez-vous ! (Rire.)

La FASCH comme lieu de rêve

Il faut dire le mot qui résume tout : la FASCH fait rêver. Dans un pays accablé, où l'espoir lui-même est devenu une denrée rare et presque suspecte, ce pouvoir de faire rêver n'est pas un luxe : c'est une fonction vitale. Que vient-on y chercher ? Un diplôme, bien sûr, une porte vers l'emploi — et il serait méprisant de nier cette dimension. Mais celui qui ne vient chercher que cela passe à côté de la FASCH. Car ce qu'elle offre de plus précieux ne figure sur aucun diplôme : une certaine manière d'habiter le monde, la conviction que les idées comptent, que la vie de l'esprit est un droit de tous, surtout des humains d'un pays pauvre et meurtri.

La FASCH dit à ses étudiants : tu peux penser le monde, tu n'es pas condamné à le subir. Les grandes questions — la justice, le pouvoir, la liberté, la mémoire — ne sont pas réservées à d'autres, plus blancs ou plus riches ; ton histoire de descendant de captifs devenu libre te donne sur elles un éclairage que nul autre ne possède. C'est un rêve démocratique — la pensée appartient à tous ; décolonial — penser par nous-mêmes sans cesser de dialoguer avec le monde ; firminien et diopien — la rigueur comme arme de notre dignité. On ne renie pas la maison où l'on a appris à rêver ; on la critique, justement, parce qu'on l'aime trop pour la laisser trahir ses propres rêves.

Toute institution vivante a une géographie secrète qui ne figure sur aucun plan. Les salles de cours n'étaient pas les seuls lieux d'enseignement, ni peut-être les principaux : le vrai enseignement se déployait dans les interstices que les étudiants s'étaient appropriés. Il y avait la cour, d'abord — une agora au sens grec, lieu de parole publique où une thèse avancée était aussitôt mise à l'épreuve. C'est là, bien mieux que dans aucun cours magistral, que l'on apprenait l'art d'argumenter, de tenir une position sous le feu, de reconnaître ses erreurs sans perdre la face.

Il y avait l'arbre, car il y a toujours, dans les universités tropicales, un arbre tutélaire à l'ombre duquel se nouent les amitiés intellectuelles, ces complicités d'esprit qui résistent au temps et à l'exil. Et il y avait l'escalier, lieu de passage où l'on s'arrêtait pourtant, où la rencontre fortuite d'un camarade devenait un mini-séminaire improvisé. Cette géographie informelle illustre ce que les sociologues appellent le curriculum caché : tout ce qui s'apprend en dehors des programmes, par la sociabilité, par l'imprégnation — le courage intellectuel, l'art de la controverse, l'éthique du débat. Ces vertus-là, aucun syllabus ne les contient ; elles se transmettent par contagion, dans la cour, sous l'arbre, dans l'escalier, « kot Le Sage la ».

L'économie du don dans le savoir

Le savoir, à la FASCH, circulait selon une logique du don plutôt que de l'échange marchand. Le camarade qui partageait sa lecture ne vendait pas son savoir : il l'offrait. Et cette offrande appelait une contre-offrande — celui qui avait reçu se sentait tenu de donner à son tour. Ainsi se mettait en place une circulation généralisée du savoir, fondée non sur le calcul mais sur la générosité, non sur la rétention mais sur le partage.

Cette économie du don est l'exact opposé de la logique qui domine ailleurs, où le savoir est un capital que l'on accumule, que l'on protège, que l'on monnaye. Elle préfigure ce que pourrait être une société du savoir véritablement démocratique, où la connaissance serait un bien commun et non une marchandise. Je n'idéalise pas : il y avait aussi des vanités, des cuistres, une économie de la frime. Mais le don l'emportait souvent, et celui qui partageait était plus admiré que celui qui gardait pour soi. C'est cette hiérarchie des valeurs qui faisait la noblesse du lieu.

J'ai dit l'amour. Il faut maintenant dire la lucidité — non que l'un succède à l'autre, mais parce que l'amour adulte inclut la lucidité comme sa part la plus exigeante. On peut aimer en se taisant : c'est l'amour des courtisans. On peut aimer en flattant : c'est l'amour des profiteurs. Et l'on peut aimer en disant la vérité, fût-elle dure : c'est l'amour des fils et des filles véritables. C'est ce dernier amour que je revendique.

La FASCH peut être fière, elle doit l'être. Mais elle doit aussi se refaire ; et pour se refaire, se défaire de ses statu quo, de ses habitudes devenues des chaînes. Une institution qui ne fait que répéter ce qu'elle a toujours fait n'est pas fidèle à elle-même : elle est prisonnière d'elle-même. Car l'esprit de la FASCH, c'est l'irrévérence féconde, la friction des idées — et quoi de plus contraire à cet esprit qu'une institution figée, momifiée dans ses routines ? Le second mouvement sera donc analytique : il convoquera les penseurs non plus pour célébrer mais pour comprendre et proposer. Car critiquer sans proposer, c'est déserter ; et je n'ai pas l'intention de déserter la maison qui m'a fait.

Qu'est-ce qu'une université ? Le conflit comme principe

Reprenons, en l'approfondissant, l'intuition du premier mouvement : une université où règne la paix dans la réflexion est une université morte. Ce qui pouvait sonner comme un cri lyrique est en réalité une thèse rigoureuse, soutenue par toute une tradition de réflexion sur l'institution universitaire.

Bourdieu a montré, dans Homo academicus, que l'université est un champ — un espace structuré où s'affrontent des agents dotés de capitaux différents. Le conflit n'y est pas accidentel : il en est constitutif. Un champ pacifié est un champ mort, dont une position a obtenu le monopole et réduit les autres au silence. Mais toutes les luttes ne se valent pas : il y a les luttes scientifiques fécondes, qui s'affrontent sur des problèmes et des méthodes, et les luttes de pouvoir stériles, pour des positions et des prébendes, sous le masque du débat. Le danger, pour toute université, est que la guerre des places confisque la guerre des idées.

Le conflit que je célèbre n'est donc pas n'importe lequel : c'est le conflit réglé, institué, qui vise la vérité plutôt que la domination — ce que les philosophes appellent la controverse rationnelle. Popper l'a formulé : la science progresse par conjectures et réfutations ; une thèse que l'on protège de la critique n'est plus une thèse scientifique, c'est un dogme. Et il y a là quelque chose de profondément démocratique. Comme l'a montré Chantal Mouffe, une société saine n'est pas sans conflit : elle a su transformer l'antagonisme — la lutte des ennemis qui veulent se détruire — en agonisme — la lutte des adversaires qui se respectent. L'université est le laboratoire par excellence de cet agonisme. Quelle école de démocratie plus précieuse pour un pays comme Haïti, qui peine tant à instituer le conflit politique de manière pacifique ?

L'idée décoloniale de l'université

Ces références — Bourdieu, Popper, Mouffe — pensent l'université abstraite, trop souvent à partir d'un modèle occidental implicite. Or la FASCH est une faculté de sciences humaines dans un État noir des Caraïbes, héritier de la première révolution anti-esclavagiste victorieuse. La penser exige de penser depuis ce lieu-là, et non depuis le surplomb d'une théorie prétendument universelle.

C'est ici que Michel-Rolph Trouillot devient indispensable. Dans Silencing the Past, il montre comment la Révolution haïtienne fut « impensable » pour les contemporains européens, parce qu'elle contredisait leurs catégories mêmes : un esclave ne pouvait se concevoir comme sujet de l'histoire, donc une révolution d'esclaves était littéralement inconcevable — et elle fut, dans une large mesure, réduite au silence dans l'historiographie dominante. La leçon est vertigineuse : les catégories avec lesquelles nous pensons, reçues des universités du Nord, ne sont pas neutres ; elles portent des silences, des angles morts, des impensables.

Trouillot nous appelle à une tâche immense : produire du savoir depuis Haïti, sur Haïti et au-delà, en assumant que notre position dans le monde nous donne accès à des vérités que d'autres ne peuvent voir. Non pas un savoir provincial, mais un savoir situé, conscient de son lieu d'énonciation, et pour cela même capable d'universalité véritable. Voilà un premier axe de refondation : assumer la vocation décoloniale, non comme un slogan mais comme un programme scientifique rigoureux. Enseigner les théories du Nord, oui, et mieux que jamais — mais en les situant et en les critiquant ; faire de l'expérience haïtienne un objet et une source de théorie, et non un simple cas d'application.

Dans Une lecture décoloniale de l'histoire des Haïtiens. Du traité de Ryswick à l'occupation américaine (1697-1915), Jean Casimir, sociologue et professeur à la FASCH, opère un renversement de perspective dont la FASCH devrait faire son bien propre.

Le premier geste de Casimir est un geste de point de départ. Il soutient que l'histoire d'Haïti ne devrait pas commencer avec l'image habituelle de Saint-Domingue comme la colonie la plus riche du XVIIIe siècle. Commencer par la richesse coloniale, c'est déjà adopter le regard du colon, mesurer notre passé à l'aune de ce qu'il rapportait à la métropole. Casimir propose au contraire de partir de la manière dont des hommes et des femmes arrachés à l'Afrique ont, au cœur de l'âge impérial, édifié une société souveraine fondée sur leur propre imagination politique et sur un rejet radical de l'ordre colonial. C'est là un déplacement du lieu d'énonciation : on cesse de raconter l'histoire depuis l'État et les vainqueurs pour la raconter depuis le peuple.

Le second geste est le choix du sujet historique. Là où l'histoire officielle s'est focalisée sur les héros de l'indépendance et sur les institutions étatiques, Casimir centre son analyse sur les moun andeyò, la paysannerie rurale (les descendants des bossales), massivement d'ascendance africaine, systématiquement marginalisée et réduite au silence. Sa méthode est une histoire « par le bas » : partir des figures non officielles, à travers un filtre non occidental, pour rendre leur épaisseur à des catégories de personnes invisibilisées. En cela, son approche rejoint celle des subaltern studies, mais ancrée dans le terreau haïtien.

Le troisième geste est conceptuel : c'est la notion de contre-plantation. Pour comprendre comment ces populations ont survécu face à une dépossession politique quasi totale, Casimir forge ce système comme clé de lecture. Dérivée des pratiques politiques et culturelles caribéennes, la contre-plantation repose sur un attachement constant à la petite propriété terrienne. Le lakou — ces petites parcelles souvent habitées par plusieurs générations d'une même famille — en est la figure emblématique : un lieu de résistance, hier comme aujourd'hui, en dépit de désavantages structurels hérités de l'époque coloniale et parfois entretenus par l'État haïtien lui-même avec l'appui de puissances extérieures. Face à la plantation — ordre imposé, extraverti, orienté vers le marché mondial —, les Malheureux ont opposé un ordre de subsistance, communautaire, tourné vers la reconnaissance de leur humanité.

De là découle la grande scission que Casimir met au jour au sein de la population haïtienne : d'un côté les oligarchies politique et économique, tournées vers le monde occidental et moderne, partageant son discours sans jamais parvenir à s'y faire pleinement admettre ; de l'autre les Malheureux, qui visent à construire un monde hérité de leur expérience de la colonisation et de l'esclavage, un monde qui reconnaisse leur dignité. Deux visions du monde s'affrontent : l'une moderne et racialisée, l'autre fondée sur la souveraineté interne et le respect de la personne. Et le diagnostic de Casimir est tranchant : ce sont les Malheureux qui, dans leur lutte quotidienne, se rendent maîtres de leur être, tandis que les élites peinent à se faire reconnaître par la communauté occidentale dont elles épousent la vision.

Pour la FASCH, l'enseignement est triple. D'abord épistémologique : refuser l'épistémicide — ce silence imposé sur des pans entiers de notre histoire — et reconnaître, comme Casimir l'affirme, que l'on naît « d'un ensemble de lutteurs et non de vaincus ». Ensuite méthodologique : apprendre à lire le réel haïtien depuis le bas, depuis le lakou et la contre-plantation, et non depuis les seules institutions importées. Enfin politique : comprendre que la souveraineté véritable d'Haïti ne s'est jamais entièrement logée dans son État, mais dans la capacité d'invention de son peuple — à créer, dans les interstices de l'ordre colonial et moderne, ce que le sociologue nomme « le droit d'inventer des rapports humains qui dépassent le monde connu » et de bâtir « une citadelle institutionnelle pour les protéger ». Une faculté qui prendrait Casimir au sérieux serait une faculté qui pense Haïti depuis Haïti — non comme une essence close, mais comme une œuvre collective, continûment recommencée par ceux que l'histoire officielle a voulu taire.

Ce que penser veut dire

Au terme de ce parcours, il me faut revenir à la question la plus simple et la plus profonde : qu'est-ce que penser ? Penser n'est pas savoir. On peut savoir énormément et ne pas penser ; il y a des érudits qui n'ont jamais eu une idée à eux. Le savoir est une matière ; la pensée est un acte. Penser, c'est faire quelque chose avec ce que l'on sait : le mettre en question, le confronter, le dépasser. Une éducation qui se contente de transmettre des savoirs, sans former à penser, manque l'essentiel.

Penser, c'est ensuite oser. Il faut du courage pour s'exposer à la contradiction, accepter de pouvoir avoir tort, renoncer au confort des certitudes reçues. La FASCH, en récompensant celui qui ose objecter plutôt que celui qui acquiesce, formait ce courage-là. Penser, c'est enfin un acte de liberté, et peut-être le plus haut. On peut enchaîner un corps ; on ne peut pas enchaîner une pensée libre. Nos ancêtres esclaves l'avaient compris : on possédait leur corps, non leur esprit, et c'est de cet esprit insoumis qu'est née la liberté. Dans un monde qui voudrait nous réduire à des objets — de la misère, de l'aide, des diagnostics étrangers —, penser est l'acte par lequel nous reconquérons notre dignité de sujets. Voilà ce que la FASCH m'a appris, et pourquoi je l'aime d'un amour qui ne faiblira pas : elle m'a appris à penser, c'est-à-dire à oser et à être libre.

L'autonomie comme condition de la pensée

Un statu quo conditionne tous les autres : la question de l'autonomie universitaire. Une université ne peut accomplir sa mission de production critique du savoir que si elle jouit d'une autonomie réelle à l'égard des pouvoirs — politique, économique, de fait. L'histoire des universités, depuis Bologne et Paris, est en grande partie l'histoire de cette conquête : le droit de se gouverner soi-même, de fixer ses programmes, de juger de la valeur des travaux selon ses propres critères et non selon les exigences du prince. Une pensée qui dépend, pour exister, du bon vouloir du pouvoir qu'elle devrait critiquer n'est pas une pensée libre.

Pour l'Université d'État d'Haïti, la question est cruciale et fragile : comment être financée par l'État sans lui être assujettie ? Il n'y a pas de réponse simple, mais une exigence claire : défendre jalousement son autonomie, refuser les ingérences, faire de cette défense une cause permanente. Cette exigence vaut aussi à l'intérieur : on ne peut former à la liberté de penser dans une institution gouvernée de manière autoritaire, où la parole des étudiants ne compte pas et où les décisions se prennent dans l'opacité. La démocratie universitaire n'est pas un supplément d'âme : elle est la traduction institutionnelle de la mission intellectuelle.

Quel modèle d'université ? Contre le dépérissement de la pensée en Haïti

Critiquer est facile ; proposer est difficile, surtout dans le contexte haïtien actuel où la crise multiforme rend tout projet à long terme presque héroïque. Mais c'est dans les moments les plus sombres qu'il faut maintenir vivante la capacité de projeter un avenir. Voici quelques axes, offerts au débat — car prétendre détenir la solution trahirait tout ce que je viens de dire.

Premier axe : faire du conflit fécond une institution. Des séminaires de controverse où des thèses opposées sont défendues avec rigueur, des revues qui publient le débat et non le seul consensus, des soutenances ouvertes où la contradiction est recherchée. Faire de l'agonisme intellectuel non un accident mais une structure. Deuxième axe : assumer la vocation décoloniale comme programme scientifique — histoire de la révolution et de ses silences dans le sillage de Trouillot, anthropologie des formes sociales haïtiennes, sociologie de la diglossie, philosophie politique pensée à partir de la première abolition, dialogue constant avec Firmin, Diop, Fanon, Césaire, Glissant et Trouillot — non comme un panthéon que l'on vénère mais comme un atelier où l'on travaille.

Troisième axe : la dignité du créole comme cause et comme méthode — en faire une langue de science et d'enseignement, sans renoncer au plurilinguisme, et démontrer par l'acte que notre langue est apte à tout dire. Quatrième axe : reconstruire le lien entre l'université et la société, faire sortir le savoir des murs, pratiquer selon l'esprit de Freire une pédagogie qui éveille la conscience critique plutôt que de déposer le savoir dans des têtes passives. Cinquième axe : exiger les moyens et refuser la résignation — documenter, réclamer, mobiliser, et en attendant, maintenir vivante par la débrouille et la solidarité la flamme de l'exigence intellectuelle, comme le faisaient ces camarades qui s'enseignaient sous les arbres : ils ne possédaient rien, et ils possédaient l'essentiel.

Il faut situer la FASCH dans un débat mondial qui la concerne : celui sur le modèle même de l'université à l'époque contemporaine, sous la pression de la marchandisation du savoir. Le modèle qui s'impose fait de l'université une entreprise, de l'étudiant un client, du diplôme une marchandise ; il somme les sciences humaines de justifier leur utilité économique et transforme la recherche en course aux publications, au détriment de la pensée patiente et désintéressée.

Or l'université, dans sa vocation la plus haute, n'est pas une entreprise, et le savoir n'est pas une marchandise. Le savoir désintéressé — celui que l'on cherche pour lui-même, parce qu'il est vrai et beau — est le cœur de la vie intellectuelle. Pour la FASCH, la « pauvreté » du pays pourrait sembler plaider pour l'utilitarisme ; je crois au contraire que c'est dans la pauvreté qu'il faut défendre le plus farouchement le savoir désintéressé, car y céder reviendrait à accepter de n'être qu'un fournisseur de main-d'œuvre, à abandonner à d'autres le soin de nous penser. Le modèle que je défends n'est ni marchand ni passéiste : c'est celui d'une université critique, engagée, enracinée et ouverte — à la hauteur du pays qui, le premier, a osé conquérir une liberté que le monde croyait impensable.

Pourquoi les sciences humaines ? Penser dans la catastrophe

Il faut poser frontalement la question, souvent formulée avec malveillance : à quoi servent les sciences humaines dans un pays qui manque de tout ? N'est-ce pas un luxe de former des sociologues quand manquent les médecins et les ingénieurs ? Cette question repose d'abord sur une fausse alternative : former des esprits aux sciences humaines n'empêche nullement de former des techniciens, et la pénurie ne se résoudra pas en supprimant les humanistes.

Mais surtout, elle méconnaît ce que font les sciences humaines : elles produisent non des objets mais de la compréhension, de la conscience, du sens — dont un pays en crise a un besoin vital. Comment sortir d'une crise que l'on ne comprend pas, réformer une société que l'on n'analyse pas ? Haïti souffre d'un déficit de réflexion sur elle-même : trop souvent, les diagnostics viennent du dehors, produits par des experts étrangers qui repartent sans avoir rien compris. Une faculté de sciences humaines forte serait l'instrument par lequel Haïti pourrait enfin se penser elle-même : c'est une question de souveraineté intellectuelle, qui est la condition de toute souveraineté véritable. Les sciences humaines sont enfin l'école de la complexité et de la nuance, antidote précieux dans un pays où le discours public est trop souvent dominé par le manichéisme et la recherche de coupables.

Je ne peux écrire sur la FASCH aujourd'hui sans dire un mot du moment que traverse Haïti. Nous pensons, enseignons et étudions dans la catastrophe — le mot n'est pas trop fort. L'effondrement sécuritaire, le déplacement de populations entières, la paralysie des institutions, l'exil forcé : tel est le décor réel de notre vie intellectuelle. Comment penser quand survivre est déjà un combat ?

Et pourtant. C'est précisément dans de tels moments que la pensée révèle sa nécessité la plus profonde. Que reste-t-il à un peuple quand tout s'effondre ? Sa capacité de comprendre ce qui lui arrive, de ne pas être réduit à un pur objet de l'histoire. Penser, dans la catastrophe, n'est pas un luxe : c'est une forme de résistance, le refus que la catastrophe ait le dernier mot. Nos ancêtres, dans la nuit de l'esclavage — situation infiniment plus terrible que la nôtre —, n'ont pas cessé de penser : ils ont pensé leur liberté avant de la conquérir. La Révolution haïtienne fut d'abord une révolution de l'esprit — l'idée alors littéralement impensable qu'un esclave est un homme et qu'un homme est libre. Si nos ancêtres ont pu penser cela dans ces conditions-là, comment oserions-nous prétendre que les nôtres nous dispensent de penser ? La FASCH est l'un des derniers foyers où l'on entretient le feu pour qu'il ne s'éteigne pas. Et tant que le feu est tenu, rien n'est perdu.

La transmission et l'exil

Avant de conclure, je voudrais redescendre vers la gratitude personnelle, car c'est de là que tout est parti. Que dois-je à la FASCH ? Tout, ou presque tout, de ce que je suis intellectuellement. Je lui dois d'avoir cessé d'avoir peur des idées. Avant elle, les grandes pensées m'intimidaient ; elles semblaient appartenir à des êtres supérieurs et lointains. La FASCH me les a rendues familières : elle m'a appris que Foucault et Bourdieu, Firmin et Diop, Glissant et Trouillot, Manigat n'étaient pas des idoles à vénérer mais des interlocuteurs avec qui dialoguer. Elle m'a fait passer du statut de spectateur intimidé à celui de participant.

Je lui dois d'avoir appris à lire vraiment — c'est-à-dire à lire contre, à ne jamais recevoir un texte sans l'interroger —, à écrire pour être compris et non pour épater, et la jouissance de la discussion intellectuelle, ces conversations où, au détour d'une phrase d'un camarade, une porte s'ouvre soudain dans l'esprit. Je lui dois mes amitiés, celles qui reposent sur une communauté d'esprit : qui a pensé ensemble reste lié pour toujours. Et je lui dois, par-dessus tout, une certaine idée de moi-même comme Haïtien — non l'héritier honteux d'un pays qui aurait échoué, mais le fils digne d'une nation qui a donné au monde la première démonstration que la liberté n'a pas de couleur. Cette fierté lucide, c'est l'héritage de Firmin et de Diop, la leçon de Trouillot et de Casimir ; pour cela seul, je lui serais redevable à jamais.

Je voudrais méditer un instant sur une dimension devenue incontournable de l'expérience haïtienne : l'exil. Tant des nôtres sont partis, dispersés à travers le monde. Un merci à tous mes camarades et professeurs qui ont dû partir : COURAGE !

Cette diaspora intellectuelle est à la fois une plaie et, peut-être, une ressource. Une plaie, évidemment : chaque départ est une saignée, un investissement de formation qui profite à d'autres nations — ce que l'on appelle froidement la fuite des cerveaux. Il faut nommer cette injustice sans la masquer. L'économie haïtienne subventionne l'économie des États-Unis, du Canada, de la France, entre autres : l'exode, en Haïti, est un gain pour l'économie de ces pays !

Et pourtant, dans la dispersion, il y a aussi une force possible, à condition de l'organiser. La diaspora est porteuse d'un savoir, d'une expérience du monde, de connexions internationales qui pourraient irriguer la pensée du pays. La technologie rend aujourd'hui possible le maintien d'un lien intellectuel vivant par-delà la distance. Glissant offre ici sa notion de Tout-Monde : la diaspora n'est pas seulement un exil, elle est une présence d'Haïti dans le monde, une manière pour notre petite nation d'être partout. Pour ceux d'entre nous qui portons la FASCH en nous, il y a là une responsabilité : nous sommes des passeurs. Chaque fois que l'un de nous, quelque part, enseigne, écrit, pense à partir de ce qu'il a appris à la FASCH, la FASCH vit à travers lui. C'est peut-être ainsi, paradoxalement, qu'elle atteint sa plus large diffusion.

Se refaire sans se renier

Faculté des Sciences Humaines, ma faculté, je t'ai dit l'amour et je t'ai dit la querelle, et tu sais maintenant qu'ils ne font qu'un. Je t'ai célébrée dans ce que tu as de plus haut — ce bouillonnement des esprits, cette circulation horizontale du savoir, ce don de faire rêver des jeunes gens venus du « pays en dehors » —, et je t'ai reproché ce que tu as de plus bas : tes routines, tes résignations, tes confusions entre la guerre des idées et la guerre des places.

Tu peux être fière : tu portes l'héritage le plus noble de la pensée haïtienne. Tu es la fille de Firmin, qui démontra l'égalité des races contre toute la science raciste de son siècle ; la sœur de Diop, qui rendit à l'Afrique son antériorité ; l'héritière de Trouillot, qui apprit au monde à entendre les silences de l'histoire, et de Glissant, qui nous offrit la poétique de la Relation. Mais l'héritage n'est pas un coussin sur lequel se reposer ; c'est une exigence qui oblige. Être l'héritière de Firmin, ce n'est pas le citer dans les discours : c'est avoir, comme lui, le courage de penser contre les évidences imposées. La fidélité à tes pères en pensée n'est pas dans la répétition ; elle est dans la reprise, dans l'audace renouvelée.

Alors oui, refais-toi. Défais-toi de tes chemins trop battus. Ose te transformer pour rester fidèle à toi-même. Car ton essence n'est pas dans tes murs envahis ni dans tes routines : elle est dans cet esprit d'irrévérence féconde, de friction créatrice, que tu m'as transmis et que je porte comme le plus précieux des héritages. Garde ton beau vacarme, tes salles où l'on se dispute sur Marx et sur Habermas, tes couloirs où un camarade vous attrape par le bras pour vous parler du livre qu'il vient de finir. Garde cette université invisible et bouillonnante qui double l'université officielle et qui est peut-être la vraie. Et en même temps, dépasse-toi : donne-toi enfin les moyens matériels et institutionnels de la grandeur dont tu portes la promesse.

Tu m'as fait. Tu as fait des centaines d'autres avant moi et tu en feras des centaines après. Dans la dispersion de l'exil, dans la nuit de la crise, nous sommes nombreux, tes enfants, à porter ta marque indélébile — cette manière de ne jamais accepter une idée sans l'interroger, cette fierté lucide d'être haïtien et de penser depuis Haïti pour le monde entier. Tant que nous penserons, tu vivras. Et un jour, je veux le croire, tu te relèveras plus grande, refaite sans t'être reniée.

À la FASCH, chez la FASCH : voilà tout ce que j'avais à dire, et qui se résume en peu de mots : merci, et debout.


Références

Bourdieu, P. (1984). Homo academicus. Éditions de Minuit.

Casimir, J. (2018). Une lecture décoloniale de l'histoire des Haïtiens : Du traité de Ryswick à l'occupation américaine (1697-1915). L'Imprimeur.

Diop, C. A. (1954). Nations nègres et culture. Présence Africaine.

Diop, C. A. (1967). Antériorité des civilisations nègres : Mythe ou vérité historique ? Présence Africaine.

Fanon, F. (1952). Peau noire, masques blancs. Éditions du Seuil.

Fanon, F. (1961). Les Damnés de la terre. François Maspero.

Firmin, A. (1885). De l'égalité des races humaines : Anthropologie positive. F. Pichon.

Freire, P. (1974). Pédagogie des opprimés (éd. originale en portugais, 1968). François Maspero.

Glissant, É. (1981). Le Discours antillais. Éditions du Seuil.

Glissant, É. (1990). Poétique de la Relation. Gallimard.

Glissant, É. (1997). Traité du Tout-Monde. Gallimard.

Gramsci, A. (1978-1996). Cahiers de prison (éd. française). Gallimard. (Œuvre originale rédigée entre 1929 et 1935.)

Mouffe, C. (2016). L'illusion du consensus (éd. originale en anglais : On the Political, 2005). Albin Michel.

Popper, K. R. (1973). La logique de la découverte scientifique (éd. originale en allemand, 1934). Payot.

Trouillot, M.-R. (1995). Silencing the Past: Power and the Production of History. Beacon Press.

Sur la situation linguistique haïtienne, l'auteur renvoie à la tradition de recherche sur la diglossie, la grammaire du créole haïtien et la question de la langue d'enseignement — champ majeur des sciences humaines en Haïti.

À propos de l'auteur

À propos de l'auteur. Daniel Lamour (Timafi) est journaliste, photographe et spécialiste du langage. Il explore la littérature du Sud, la mémoire des populations noires, la culture créole haïtienne dans l’espace caribéen.

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